dimanche 16 juin 2013

130.

''Nous nous sommes levés cette nuit. Les oiseaux ne chantaient pas encore la fin de cette nuit, vingt minutes plus tard. Et le ciel prenait une légère teinte mauve à l'est et la fatigue n'avait pas activé encore les maux de dos. Les ostis maux de dos. Nous avons quittés la ville sur la pointe des pieds comme des nomades las des adieux. Nous leurs avons tout pris de valeur. Si peu.

Je revenais d'Alaska. L'automne l'exile la liberté la mort la fuite la solitude la vie la route. J'avais levé le pouce sur ces terres brutes.

Ce matin, nous partions léger au silence complice des oiseaux. Après le grand pont. Nous en avions marre, il fallait faire un geste d'envergure. Sauter deux clôtures, parler à l'oreille des gens, cacher du fric et courir dans une nuit de ruelle très seul.

Je sais que l'Alaska et le Yukon resteront dans ma peau les jours de rêveries, de départs d’ennuis, les débuts de printemps, les débuts de projets l'errance, l'absence de projet. Elle reste dans votre main l'Alaska, elle reste dans ce tremblement de zigzag de routes de gravier que votre main a sentie sur le volant. Jusqu'au grand boute du boute. Deadhorse dans les yeux. La station lunaire remplit de caribou.

Nous passerons la frontière ce soir tard. Vers le sud. Vers le sud. Vers le sud. ''


E.N.