lundi 25 novembre 2013

139.


«J'étais assis à la table devant moi et je regardais la personne qui me regardait dans le miroir de la table devant moi, je me demandais comment interpréter le malaise de la personne devant moi à ma vue, que la personne devant moi devait avoir une histoire qui commençait par une quinzaine d'années sans histoire et une impression de ne pas être seul devant soi. Et moi je courais après le temps devant moi, me regardant regarder toujours et un peu trop loin, me prenant les pieds. Devant moi, il n'y a que des miroirs et devant moi, une mer sans fond. Une table pleins de papiers qui possède un homme devant elle qui se regarde et se rappelle l'esclave des jours sans lumière. Un dos bien remplit de doutes une tête pleine de sable qu'il essaie de déloger avec un long tournevis dans le crane. De longue croute de sable dans la tête devant soi s’agglutine. Je trébuche et je trébuche. Je n'écris que pour les titres.»

-Retour des innocents sur la mer agitée-  E.N.

jeudi 21 novembre 2013

138.

Assis dans une banquette d'un restaurant bon marché, je regarde la compétition de curling en direct et avec quelle ardeur les joueurs balaient le sol devant la pierre. Celui qui semble être le chef d'équipe crie des ordres pour que coup de balaie soit parfait, j'imagine. C'est le chef des lanceurs de pierre. La barmaid au bar regarde elle aussi le match en polissant des verres et fort probablement en pensant à autre chose. Un homme ayant une forte corpulence vient s'assoir à côté de moi en me serrant la main. Une énorme mouche au front attire instinctivement mon attention. Il est essoufflé comme trois guerres mondiales et me regarde de haut malgré qu'il soit plus petit que moi. Il enchaine une série de questions d'usages en gribouillant sur une feuille qui contient l'ensemble de mes activités des dernières années. On aborde le sujet de l'écriture, il écrit lui aussi. Je l'ai compris lorsqu'il m'a demandé si je trouvais cela difficile écrire (il avait vu mon parcours académique). Je l'ai mis dans ma poche en posant des questions sur lui-même et sur le métier d'écrivain qu'on pratiquait tous les deux. 

Au moment où nous nous sommes mis à parler de scénarisation et de mettre en images des idées et émotions pour en dire autant qu'un texte littéraire, je suis tombé dans la lune un peu. Je me suis vu sur la banquette, le dos droit en train de converser avec cet homme. Je pensais à mon béret que j'avais enlevé avant d'entrer, à mon manteau de jeans qui n'avait pas plu au gérant, je repensais à ma vieille pochette de serveur qui puait dans le tiroir de ma chambre. Je me disais que je finirais bien à m'habituer à la décoration indigeste de l'endroit et à la quantité de télé qui vomissaient du sport en boucle. Je repensais à cette femme qui m’exhortait de quitter les restaurants et les bars, que ça serait ma ruine. Elle écrivait bien. Et je me demandais à quel point il serait difficile de mettre en image cette situation et mes pensées... 

… des pantalons noirs, chemises noires, souliers noirs. Du noir pis du silence pis des assiettes pis du courage, pis du temps des fêtes qui s'en vient, pis de la clientèle, pis du mâchouillage d’orgueil. Il me faudra cinq ou six estomacs pour digérer ça. Je vais m'ennuyer de la terrasse de pirates du Quartier latin.


«Donc parfait Simon, tu commences demain à 17h» 

mercredi 13 novembre 2013

137.

«Il y avait cette envie d'écrire de longues phrases sans fin. Des je remplient d'humanité et de drame. Des tu d'accusations, de souvenirs et de complicités. Des nous solidaires de grands soirs, des nous à la chandelle sans électricité en pleins milieu des premiers froids de novembre, sans prédicat, qu'un long sujet sans action, le cauchemars avec un grand sourire. Du gros vous sale qui allez danser avec l'énergie d'on ne sait où. De la danse de sourds sur de la poésie d'ordinateurs qui vous piétine le crâne le matin, puis le jour, puis le soir dans cet interminable acouphène en 4/4. On se doit de se réapproprier les métros et en faire des endroits joyeux, pas des bunkers de cadavres. Puis des ils et des elles, ces étrangers qui sont venus de loin et qui repartent loin, dans les gares et les autoroutes en zigzags. On ne se souvient même plus de leurs noms. Et finalement, ce il impersonnel que cache tous les poètes et les banquiers de l'affect qui aiment ces longues phrases usées et vieux jeu. Du monde riche et anonyme, qui nettoie votre vaisselle et vous sert le caviars. Fuck off.

Une seule longue phrase en petits caractères dans un cahier trop petit trop remplit sans tâches de café, avec les mains tremblantes de froid, criss de froid c'est déjà la saison sèche, je ne sais pas comment je vais faire cette année, je, je recommence les questions les voyages dans ma tête enfermée et têtue, tu diras à chose que je monte dans l'ouest bientôt, tu? Tu feras comme si tu étais surpris de mes histoires et tu commanderas un autre pichet au barman que la soirée va être longue que la poésie va être sale et pâteuse. On se mettra à rire du ridicule de nos vies pis on regardera les routes sur google map pis les billets d'avions. On? Nous serons éphémère comme ces belles révolutions qui ont toujours lieu quand il ne fait pas trop froid. Nous ne serons pas capable d'écrire qu'une longue phrase, il y aura trop de ponctuations et de parenthèses pis des guillemets aussi. J'ai du feu dans les mains. Vous n'y verrez que la lumière, pas les brûlures. Ils sont où les potes en novembre?


Lumilla, je crois que je m'améliore.»

Ernest Nobsom, Punk

lundi 4 novembre 2013

136.

«Je lui écrivais souvent des lettres d'amours qui commençaient souvent par ''nous nous sommes rencontrés dans la vitesse''. C'était de longues lettres qui racontaient de lentes tragédies. Elle me répondait rarement. Sauf une fois où elle m'envoya cette note: ''La vie m'a rapproché de toi, mais je ne suis pas dans dans peau''.

[...]

E.N.