mercredi 30 novembre 2011

99.

''Ernest est passé dans ma vie, comme la vie même est passée en moi: j'oubliais régulièrement sa présence pour être franche, il s'effaçait très facilement de mon quotidien, mais je sentais toujours sa présence. Il m'écrivait une note ou m'appelait cependant à tous les jours, c'était sa manière de se confirmer sa matérialité disait-il. Cependant, lorsqu'il s'absentait de longs mois, et sans parler de cet épisode qui dura des années, il manquait quelque chose de fondamental à mon architecture du réel, mon chateau de concepts. Il avait cette capacité de cimenter les choses durant de brêves instants, et l'on se disait que oui, c'était cela.

-Lumilla Farès-

lundi 28 novembre 2011

98.

''... j'écrivais mes histoires comme j'écrivais ma vie: à grands coups de phrases-chocs qui se dégonflaient au rythmes de mes échocs. Et je créais mon existence comme on construit un bouquin: en me butant à chaque mots, doutant de chaque sens, mourant à chaque chapitres. Et je me répétais, et je me répétais. ''

-E.N.- autobiographie

dimanche 27 novembre 2011

97.


crédit photo: Annie-Claude Deschênes

'' [...] et ces lendemains de ''jamais'' me rendait la vie aussi facile que de fermer les yeux. De regarder par cette fenêtre trop lumineuse. De se rappeler qu'il n'y a rien ''dehors''. Que cette lumière blanche n'est pas une sortie ou un miroir. Que ma pensée explose en milliers de moutons de poussières ramassée par les grands ménages printaniers. On recommence. On plisse les yeux. À vouloir percer ''la grande lumière'', on devient aveugle''.

-Ernest Nobsom- Ernest Nobsom: Manuscrits incomplets: 1950-2020, vol 2.

mercredi 23 novembre 2011

96.

''Continuer parce qu'il le faut, continuer les combats, l'apprivoiser le quotidien à grands coups de soupirs, mourir dans le Style. Courir après la vie des choses, s'installer dans le silence des mots et regarder le ciel tomber avec leurs visages de couteaux. Élaborer des plans et des théories sur le rien, rencontrer des gens lumineux, les laisser partir sans se retourner. Continuer la marche des gens seuls, attendre qu'elle revienne, Montréal la belle restera dans mon coeur. Et toute ces femmes qui s'assoient et me sourit... Me souhaite bonne chance et partent sur la pointe des pieds.''

Ernest Nobsom, notes et carnets de voyages.

mardi 22 novembre 2011

95.

''Mourir de guerres qui ne viennent pas. Une histoire de sourires ramené à un refrain d'instants appréciés qu'à postériori. Se perdre dans un roman de Pamuk où le protagoniste cherche des signes à en perdre le fondement même de sa matérialité. Craindre le sommeil, se réveiller et avoir tout oublié, et continuer comme si rien ne s'était passé. Rien ne s'est passé. Écrire un paragraphe avec chaque mots comme fausses notes qui vous rouillent le crâne.''


lundi 21 novembre 2011

94

''Il est fatigué depuis des jours, pas dormi de sommeil depuis des jours, trop de café sans sommeil depuis des jours de nuit. Mariano assis sur une chaise à fixer la fenêtre qui dort comme toute la ville, sauf lui. Il s'appelle Mariano Poniatowska assis sur une chaise endormi, son visage éclairé par le réverbère qui rêve aux jours-nuits de neige où un marcheur solitaire s'arrêtant sous lui blablabla etc, etc... La partie gauche de son visage ne dort pas non plus mais se dissimule dans le rien du décors qui n'est constitué que d'un bruit sourd et perpétuel. Alors on imagine qu'il tourne la tête fixant directement le point où vous vous situez, vous n'êtes pas là. Mariano ne se retourne pas, mais vous croyez apercevoir une cicatrice ou une difformité témoignant d'une vie de galérien entre Anchorage et New Orleans. Le sommeil de banquette de voiture assis trop droit, le réverbère brouillant ses rêves les plus sombres. Mariano Poniatowska né dans une halte routière du Wyoming dans une nuit de douleur pour une mère seule dans le sang, ving-sept ans. L'âge de l'auteur qui revient sans cesse illuminé le côté droit du visage de Mariano Poniatowska, écrivain lui-même. Il aime écrire des nouvelles où il revient de chez un pote qui n'était pas présent, il fait toujours nuit dans les nouvelles de Mariano, il ne se passe jamais rien, que des contes où l'intrigue se dénoue dans le rien. D'une mère au téléphone se trouvant dans une cabine téléphonique au Nébraska dans une fin de soirée de travail ivre de bar, d'hommes, de drogues qui n'amusent plus et d'hommes qui ne veulent pas d'enfants, alors qu'elle accouche dans les haltes routières. Elle voulait être nomade et libre. Et c'est du nez qu'elle saigne maintenant de trop avoir respiré le grand air blanc. Mariano Poniatowska écrit des nouvelles comme ça. Pour le salue de sa légende. Dans la grande amérique du réverbère qui dort. N'habité nul part, écrire des strophes parlant de cette new yorkaise au sourire fatigué, depuis des jours. Un silence de nuit à la fenêtre de réverbères défilant sur le texas trop rare. Elle parlait parfois, Mariano Poniatowska regardait la neige tomber. C'était l'hiver, Montréal faisait sa snob.''

-Ernest Nobsom, Ébauches et calvaires.

**Ce petit texte est suivit d'un commentaire plus long que le texte lui-même. Nous y reviendrons peut-être après avoir démêlé tous ça**

jeudi 17 novembre 2011

93

''...Nous nous sommes rencontrés dans la vitesse. Qui étais-tu ? Qui étais-je?  Est-ce moi ou toi qui a quitté? Quitté comme si nous étions sorties d'une forteresse de mots, de concepts, d'accords tacites, de sourires complices et surtout de cette lutte contre le réel. Quitter comme lorsqu'on quitte une pièce et que l'on entend le claquement sourd derrière nous. Nous? La personne restant dans la pièce ne l'entend déjà plus comme celle qui a quitté. Quitter comme on dit au revoir, à la prochaine. La résistance à tes côtés m'a été vitale. Cela fait maintenant deux ans que je cherche cette forteresse sans porte.

Où es-tu?

À toi pour toujours. ''

Ernest

Extrait de: Lettre à une jeune résistante: Correspondance d'Ernest Nobsom 1950-20**