jeudi 28 février 2013

119.


« De la création chère Lumilla. Il n’y en a plus. Nous sommes arrivés à point tournant du processus. Une histoire de recoupements, de collages de silences ou plutôt une vulgarisation de vérité qui marine. Nous voulons faire parler les morts depuis notre enfance, te souviens-tu? Et nous avons presque réussi. Ils ont les mots en bouche, nous le savons. Leurs bouches cousues de génie. Les génies ne parlent que très peu. Puis la mort et tout le baratin habituel. Des formalités pourrait-on aisément conclure. Nous notre travail, c’est de découdre la bouche des morts. Ils ont parfois de ces phrases illisibles que nous devons marmonner durant les soirées fatiguées jusqu’à ce qu’il y ait un peu de lumière et de sens. Notre travail est de traduire les phrases dans la bouche des morts. On remplit les espaces blancs, on interprète. On y pêche des trésors dans cette huile noire. On décode des absences. Notre travail est de dire et déduire ce que ces femmes et ces hommes auraient voulu dire. Des réparateurs de postérité. Des crânes aux mâchoires cousues. On ne crée rien ici. On donne voix à ceux et celles qui n’ont pas tout dit. »

E.N.

dimanche 24 février 2013

118.


«...j'ai parfois des affinités avec la fatigue... »
-Émillio Poniatowska-

« Des affinités dans la douleur qui monte aux bras puis aux jambes; qui monte mes pieds jusqu'au sol, qui grimpe au cœur à la nuque moite et sale. Un goût de sel sous les cheveux en bataille, la grande bataille, dans le crâne salin en grande marée. De la poésie de fin de soirée dira-t-elle. D'une poigne de fer les ongles dans la chair, les dents dans la chair, l'âme un instant dans la chair, on y écrit de longues phrases sur nos corps mutilés. Elle vous hache le dos jusque dans les derniers filages de votre coup pendouillant.

Et les idées folles dans les oreilles saturées du sujet reviennent avec ces idées folles qui naissent dans la douleur folle. Des redondances. À la limite de la monomanie qui naissent en projets foireux, en tables rases et autres désirs absolutistes. Une complicité y naît. On se confie à elle dans les moments de lucidité. On se construit une logique commune partant de ce point, de cet état. On se regarde dans les yeux durant des heures à la grande vitesse des jours dans horloge. On y construit des ponts, entre nos réalités. Une amitié de trahison et de déceptions, mais également une amitié de grande sincérité. Une histoire d'amour d'un vieux film cubano-soviétique. On y meurt jamais ensemble, on y meurt jamais ensemble. On y survit dans la dèche. On y survit sur les boulevards du lendemains matins. On y survit le soir dans les jobines qui nous saoulent. On y meurt jamais dans ces histoires. JE. T'AIME. DANS. CES. HEURES. DE. MISÈRES. MON. AMOUR. LES. TIE. WRAPS. AUX. POIGNETS. SUR. LE. CIMENT. D'AVRIL. L'HIVER. EST. DERNIÈRE. NOUS. MON. AMOUR-FÉE.

Nous sommes ensemble Elle, lui et moi, sur tous les tableaux. »

-Ernest Nobsom- Poèmes et autres broutilles-

dimanche 10 février 2013

117.

 
« Cela fera bientôt 8 mois. Tout avait commencé par un événement anodin. Cela commence toujours par un événement anodin. Ensuite les coïncidences avaient fait place à une redondance dans les événements. Un schéma s’était créé, installé et prenait de plus en plus de place. Nous devions travailler avec les contraintes, les tordes et en faire  un petit morceau de réalité. JE. ME. SUIS. MIS. À. ENTENDRE. DES. VOIX. UN. MATIN. D’ÉTÉ. COMME. LES. AUTRES. C’était au début qu’une seule voix en fait. Une voix grave et monocorde remplissait les blancs de l’esprit et qui répondait naïvement aux interrogations. Puis, elle s’est faite plus impérative et était accompagnée d’une autre, plus aigue et mielleuse celle-ci. Toute deux occupaient à présent l’entièreté de l’espace acoustique des pensées du sujet terrorisé, déversant leurs logorrhées visqueuses dans ses réceptacles les plus défensifs et vulnérables. Les actions n’étaient plus dirigées que par les voix qui revenaient lui dicter ou suggérer des actions. Un soir arrosé, ce qui devait arriver arriva, les fils se sont touchés. JE. NE. SUIS. PAS REVENU. INDEMNE. Puis le grand sommeil de médocs, et la grande rencontre avec Louis Wolfson. Et maintenant? »
Ernest Nobsom  -Carnets d’un interné-
 
 


mardi 5 février 2013

116.


« Il n’y avait rien dans la pièce, qu’une table en bois sale qui captait les derniers rayons de soleil, froid.

[…] (Illisible)

Nous ne sommes jamais revenus réellement. C’était un risque prévisible, calculable, discutable. Il n’y était question que d’un sourire au fond d’un bouquin, quelques phrases molles et rieuses. Un matin de mains qui tremblent la clope de galerie au bec, les idées fêlées. Une vie atonale qui vous stop au visage qui vous regarde avec désinvolture, puis éclate de rire. « Un rire métaphysique d’une absurdité camusienne », m’aurait dit Horacio.

Nous sommes une race morte. Morte de fatigue dans les yeux des sourires, morte de vitesse dans les quartiers lumineux et sombres de nos fantaisies, morte de silences. Nous sommes fous, pauvres et maudits. Une belle race de bâtards solitaires à temps partiels. Il n’y a rien d’autre à rajouter sur nous. Que du bonheur de sauvages. »

E.N.

lundi 4 février 2013

115.

« On y construit des châteaux de cartes entre ces murs. D’énormes pièces de silences et de logorrhées en piles d’équilibres et de contres balanciers qui supportent des concepts très simples et lourds à la fois. De la poésie de bateaux hermano, de la poésie de fins de soirées et des récits qui s’écrient et s’effacent, de la mémoire créative ma sœur. Des récits de piques et de cœurs qui grimpent chaque palier. Un créateur arthritique qui en fait un autre, quoi faire d’autre? Un autre courage en fuite, de la beauté de peur pis du courage en fuite, de la parlure de timidité, changer de lexique comme de masque, ne pas vouloir de foutu verbe dans une phrase. Des tableaux de personnages qui bougent très lentement. Des auteurs qui fixent des échantillons de leurs fantaisies. Des écriveux nauséeux qui collent des morceaux sans bouger.
Ceci va changer. »
-E. Poniatowska, à propos de son auteur-