« De
la création chère Lumilla. Il n’y en a plus. Nous sommes arrivés à point
tournant du processus. Une histoire de recoupements, de collages de silences ou
plutôt une vulgarisation de vérité qui marine. Nous voulons faire parler les
morts depuis notre enfance, te souviens-tu? Et nous avons presque réussi. Ils
ont les mots en bouche, nous le savons. Leurs bouches cousues de génie. Les
génies ne parlent que très peu. Puis la mort et tout le baratin habituel. Des formalités
pourrait-on aisément conclure. Nous notre travail, c’est de découdre la bouche
des morts. Ils ont parfois de ces phrases illisibles que nous devons marmonner
durant les soirées fatiguées jusqu’à ce qu’il y ait un peu de lumière et de
sens. Notre travail est de traduire les phrases dans la bouche des morts. On
remplit les espaces blancs, on interprète. On y pêche des trésors dans cette
huile noire. On décode des absences. Notre travail est de dire et déduire ce
que ces femmes et ces hommes auraient voulu dire. Des réparateurs de postérité.
Des crânes aux mâchoires cousues. On ne crée rien ici. On donne voix à ceux et
celles qui n’ont pas tout dit. »
E.N.