''Nous nous sommes levés cette nuit.
Les oiseaux ne chantaient pas encore la fin de cette nuit, vingt
minutes plus tard. Et le ciel prenait une légère teinte mauve à
l'est et la fatigue n'avait pas activé encore les maux de dos. Les ostis maux de dos. Nous
avons quittés la ville sur la pointe des pieds comme des nomades las
des adieux. Nous leurs avons tout pris de valeur. Si peu.
Je revenais d'Alaska. L'automne l'exile
la liberté la mort la fuite la solitude la vie la route. J'avais
levé le pouce sur ces terres brutes.
Ce matin, nous partions léger au
silence complice des oiseaux. Après le grand pont. Nous en avions
marre, il fallait faire un geste d'envergure. Sauter deux clôtures,
parler à l'oreille des gens, cacher du fric et courir dans une nuit
de ruelle très seul.
Je sais que l'Alaska et le Yukon
resteront dans ma peau les jours de rêveries, de départs d’ennuis,
les débuts de printemps, les débuts de projets l'errance, l'absence
de projet. Elle reste dans votre main l'Alaska, elle reste dans ce
tremblement de zigzag de routes de gravier que votre main a sentie
sur le volant. Jusqu'au grand boute du boute. Deadhorse dans les
yeux. La station lunaire remplit de caribou.
Nous passerons la frontière ce soir
tard. Vers le sud. Vers le sud. Vers le sud. ''
E.N.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire