mercredi 28 décembre 2011

101.


Chère Léonia,
Parfois dans la vie, on rencontre des gens qui nous parlent. Ces personnes sont extrêmement rares; ils passent parfois-toujours trop vite à la vitesse du grand jasage, celui qui semble rester écrit quelque part, souvent des pages jaunis-chiffonnés-qu’on-reprend-qu’on-sourit-qu’on-oublie-jamais-totalement. Ma seule réalité se situe dans ces moments lumineux que je revis constamment, au grand risque de m’y perdre.
Je ne parle pas ici du passé.
Puis, on se crée des personnages qui nous ressemblent, on les construit, si bien qu’ils se changent en miroir. Lorsque je crée un personnage, il existe. Puis, vient la peur. Cette peur que la soirée se termine et que le grand jasage fasse place au grand silence. Il n’arrive jamais, car ces gens vivent en nous à jamais. On garde une mimique, une expression, un ‘’moment’’, ou si l’on veut, un ultime bastion de leurs mémoires. Léonia, la vie est un film, un bouquin, ce que tu voudras. Tu es née à différents âges, au fil de tes rencontres.
Nos ami(e)s perdus ne reviendront jamais indemnes de ce grand silence. Cesses de t’en faire. Ils disparaîtront, puis d’autres viendront. Parfois un prénom famillier viendra grignoter la mémoire. Bref, je m'égare, encore.
Amour.
-Ernest-
Correspondance, 18 août 19**

dimanche 4 décembre 2011

100.

''La liberté commence dans le coeur et dans les mains, mon cher ami.''

Correspondance entre Léonia De Carvalho et Ernest Nobsom

mercredi 30 novembre 2011

99.

''Ernest est passé dans ma vie, comme la vie même est passée en moi: j'oubliais régulièrement sa présence pour être franche, il s'effaçait très facilement de mon quotidien, mais je sentais toujours sa présence. Il m'écrivait une note ou m'appelait cependant à tous les jours, c'était sa manière de se confirmer sa matérialité disait-il. Cependant, lorsqu'il s'absentait de longs mois, et sans parler de cet épisode qui dura des années, il manquait quelque chose de fondamental à mon architecture du réel, mon chateau de concepts. Il avait cette capacité de cimenter les choses durant de brêves instants, et l'on se disait que oui, c'était cela.

-Lumilla Farès-

lundi 28 novembre 2011

98.

''... j'écrivais mes histoires comme j'écrivais ma vie: à grands coups de phrases-chocs qui se dégonflaient au rythmes de mes échocs. Et je créais mon existence comme on construit un bouquin: en me butant à chaque mots, doutant de chaque sens, mourant à chaque chapitres. Et je me répétais, et je me répétais. ''

-E.N.- autobiographie

dimanche 27 novembre 2011

97.


crédit photo: Annie-Claude Deschênes

'' [...] et ces lendemains de ''jamais'' me rendait la vie aussi facile que de fermer les yeux. De regarder par cette fenêtre trop lumineuse. De se rappeler qu'il n'y a rien ''dehors''. Que cette lumière blanche n'est pas une sortie ou un miroir. Que ma pensée explose en milliers de moutons de poussières ramassée par les grands ménages printaniers. On recommence. On plisse les yeux. À vouloir percer ''la grande lumière'', on devient aveugle''.

-Ernest Nobsom- Ernest Nobsom: Manuscrits incomplets: 1950-2020, vol 2.

mercredi 23 novembre 2011

96.

''Continuer parce qu'il le faut, continuer les combats, l'apprivoiser le quotidien à grands coups de soupirs, mourir dans le Style. Courir après la vie des choses, s'installer dans le silence des mots et regarder le ciel tomber avec leurs visages de couteaux. Élaborer des plans et des théories sur le rien, rencontrer des gens lumineux, les laisser partir sans se retourner. Continuer la marche des gens seuls, attendre qu'elle revienne, Montréal la belle restera dans mon coeur. Et toute ces femmes qui s'assoient et me sourit... Me souhaite bonne chance et partent sur la pointe des pieds.''

Ernest Nobsom, notes et carnets de voyages.

mardi 22 novembre 2011

95.

''Mourir de guerres qui ne viennent pas. Une histoire de sourires ramené à un refrain d'instants appréciés qu'à postériori. Se perdre dans un roman de Pamuk où le protagoniste cherche des signes à en perdre le fondement même de sa matérialité. Craindre le sommeil, se réveiller et avoir tout oublié, et continuer comme si rien ne s'était passé. Rien ne s'est passé. Écrire un paragraphe avec chaque mots comme fausses notes qui vous rouillent le crâne.''


lundi 21 novembre 2011

94

''Il est fatigué depuis des jours, pas dormi de sommeil depuis des jours, trop de café sans sommeil depuis des jours de nuit. Mariano assis sur une chaise à fixer la fenêtre qui dort comme toute la ville, sauf lui. Il s'appelle Mariano Poniatowska assis sur une chaise endormi, son visage éclairé par le réverbère qui rêve aux jours-nuits de neige où un marcheur solitaire s'arrêtant sous lui blablabla etc, etc... La partie gauche de son visage ne dort pas non plus mais se dissimule dans le rien du décors qui n'est constitué que d'un bruit sourd et perpétuel. Alors on imagine qu'il tourne la tête fixant directement le point où vous vous situez, vous n'êtes pas là. Mariano ne se retourne pas, mais vous croyez apercevoir une cicatrice ou une difformité témoignant d'une vie de galérien entre Anchorage et New Orleans. Le sommeil de banquette de voiture assis trop droit, le réverbère brouillant ses rêves les plus sombres. Mariano Poniatowska né dans une halte routière du Wyoming dans une nuit de douleur pour une mère seule dans le sang, ving-sept ans. L'âge de l'auteur qui revient sans cesse illuminé le côté droit du visage de Mariano Poniatowska, écrivain lui-même. Il aime écrire des nouvelles où il revient de chez un pote qui n'était pas présent, il fait toujours nuit dans les nouvelles de Mariano, il ne se passe jamais rien, que des contes où l'intrigue se dénoue dans le rien. D'une mère au téléphone se trouvant dans une cabine téléphonique au Nébraska dans une fin de soirée de travail ivre de bar, d'hommes, de drogues qui n'amusent plus et d'hommes qui ne veulent pas d'enfants, alors qu'elle accouche dans les haltes routières. Elle voulait être nomade et libre. Et c'est du nez qu'elle saigne maintenant de trop avoir respiré le grand air blanc. Mariano Poniatowska écrit des nouvelles comme ça. Pour le salue de sa légende. Dans la grande amérique du réverbère qui dort. N'habité nul part, écrire des strophes parlant de cette new yorkaise au sourire fatigué, depuis des jours. Un silence de nuit à la fenêtre de réverbères défilant sur le texas trop rare. Elle parlait parfois, Mariano Poniatowska regardait la neige tomber. C'était l'hiver, Montréal faisait sa snob.''

-Ernest Nobsom, Ébauches et calvaires.

**Ce petit texte est suivit d'un commentaire plus long que le texte lui-même. Nous y reviendrons peut-être après avoir démêlé tous ça**

jeudi 17 novembre 2011

93

''...Nous nous sommes rencontrés dans la vitesse. Qui étais-tu ? Qui étais-je?  Est-ce moi ou toi qui a quitté? Quitté comme si nous étions sorties d'une forteresse de mots, de concepts, d'accords tacites, de sourires complices et surtout de cette lutte contre le réel. Quitter comme lorsqu'on quitte une pièce et que l'on entend le claquement sourd derrière nous. Nous? La personne restant dans la pièce ne l'entend déjà plus comme celle qui a quitté. Quitter comme on dit au revoir, à la prochaine. La résistance à tes côtés m'a été vitale. Cela fait maintenant deux ans que je cherche cette forteresse sans porte.

Où es-tu?

À toi pour toujours. ''

Ernest

Extrait de: Lettre à une jeune résistante: Correspondance d'Ernest Nobsom 1950-20**

mercredi 26 octobre 2011

92.

Le pouce jaune, le vieux jardinier
Attendant un appel
    qui ne vient pas.
    de phrases en heures.
De répliques mimées en clair-obscures de gestuels.
Dans le pot à fleur.
Une vieille chanson qui ne se chante plus
marmonnée en plusieurs variantes.

se perdre dans le jardin.
à arroser les mégots

    de cendre et de café.

Ernest Nobsom, première version d'un poème sans titre

91.

''J'ai longtemps essayé de me définir en me plaçant dans le rôle du personnage jouant ma fiction. Il s'agit invariablement d'un homme, vieux, du moins, il se sent vieux. Cet homme consomme un passé riche en douleurs et en expériences. Il a tout vécu: les guerres, les trahisons, les beuveries de grands soirs, la mort des idées et l'espoir tenace qu'il ne se bat pas pour rien. Il est une sorte de héro qui n'a sauvé personne et qui n'a rien accompli.''
-Ernest Nobsom- Écrits de jeunesse

jeudi 3 mars 2011

90.

''Écrire n'est pour moi qu'un calvaire.
Un calvaire d'exprimer quelque chose, jamais parfaitement, aux syllabes sans image et aux images sans son. Le tout blanchit à l'imagination d'un lecteur schizophrène ne se demandant que si c'est la réalité tout ça.
Écrire des romans aux mises en bas de pages plus volumineuses que le corp du texte...Des histoires de mises en abîme, en abîme, en abîme, en ruine. On s'y enfonce par la brèche; on élargit la fente à la recherche poisseuse d'une vérité qui sera de toute façon trop simple... Où l'écrivain finit que par traiter d'un personnage narrant son auteur, etc, etc. De la masturbation.
Il s'agit là du résumé de l'échec d'un projet.''
-Ernest-

vendredi 4 février 2011

89.

Lorsque tout s'accélère, l'existence temporise au point de n'être qu'une image. Attendant un moment plus propice.

Lorsque tout ralentit, les mots se compressent en une petite boite/seconde. Les êtres deviennent 20-30-40 ans d'existences/vécus. Attendant leur histoire.

Attendre son histoire, qui baragouine le discours? Eux-mêmes, à l'écrivain qui boiteux et bégayeur.

La réponse ne se termine pas avec un point