«Pourquoi j'avais choisi une table isolée remplit de livres? Je ne sais pas. Chacun des livres me regardaient droit dans les yeux. Une évidence reliait la petite et la grande histoire. Un récit très documenté joué par un mauvais comédien qui ne faisait que tourner des pages-miroirs. Les livres semblaient lui faire un message. Les gens autours ne lui avaient laissés que cette table. Était-ce un complot? À défaut de trouver de la vérité dans le silence nous nous y perdions».
-E. Bonaparte- Fragments
«Je ne pouvais laisser sur cette table autant de livres. Avec des titres aussi mystérieux que: Vitesse et Silence: Interprétations asymétrique des désirs et du contrôle, ou alors Bienséance et violence: symbolisme de la radicalité, on plongeait la tête dans le lac en y cherchant toujours plus loin son visage».
-E. Bonaparte- Émietté
«Timide et délicate, elle restera au fond du crâne, dans son bunker de mots, à voir la vie de son créateur qui se démène pourtant à la décreuser. »
lundi 15 septembre 2014
lundi 31 mars 2014
145.
Ce
n'était pas de ces fois où les gens marchaient dans les rues avec
d'immenses sourires et de la colère à la fois. Ce n'était pas de
ces premiers jours de printemps qui vous accrochent sur une terrasse
de café dans le quartier latin. Ce n'était pas ces matins amoureux.
Ce n'était pas ces départs en voiture-sur-le-pouce-sur-la-route
vers de hautes montagne, au nord, à l'ouest. Ce n'était pas la fois
sur le bord de la frontière Yukon-Alaska les pieds gelés mais
libres. Ces petits ordinaires avec ses extras. Ces rêves qui
évoluent. Cette bande annonce de nos vies avant leurs sorties. Je ne
cherchais plus la réalité dans ses coutures les plus fines. C'était
un gros trou au niveau du genou-punk ma réalité. Dans mon film, il
n'y a pas de couturiers. Ça ne se peut pas que j'aie perdu le micro
et la caméra en même temps. Mes petits ordinaires sont cadrés par
un directeur photo ivre, en sépia, surexposé.
Lui
et l'image.
Des
voix gesticules pendant que la musique ralentit tout, encore. Comme
un vieux punk au coin de la rue avec trop de marde dans le sang qui
fait du 9à5 pour son pusher. Y'a presque la cravate pis la carte de
crédit loadée. Pogné dans le trafic avec tout le monde. Cela doit
avoir quelque chose de rassurant. De ne pas être dans le char je
veux dire.
Nous
attendions quelque chose.
E.N.
jeudi 20 mars 2014
144.
19 mars 2014
Nous écrivions de courts
poèmes sur nos défaites respectives.
Et nous étions applaudis
comme des héros nationaux. -E.Nobsom-
Je me réveillais souvent le
matin avant tout le monde. Il y avait dans le couloir chez moi, de la
poussière en suspension qui faisait son grand balai. Elle semblait
tomber depuis des siècles cette poussière. De la chiure de temps
qui tend à tout enterrer. Nous nous évertuons à garder les objets
à la surface mais, le matin, la poussière prenait un peu d'avance
et nous bravait sous les projecteurs. Et je ressentais, ces matins,
une impression d'interdit qui me poussait à poursuivre ma
progression dans le couloir du matin. Et j'écrivais sur mon chemin
de courtes phrases sur les murs. Le mystère garde alerte.
J'écrivais partout, mais les
mots et une lumière rougeâtre m'attirait invariablement vers la
cuisine. Je terminais une phrase par les mots «logorrhée fiévreuse»
(j'adore ces mots) lorsque je vis mon coloc, dos à moi, qui prenait
un café à la table de la cuisine en fixant la cours arrière. Ma
sensibilité était très cinématographique ce matin-là. Mon coloc
également s'évertuait à déterrer les objets de la chiure de
temps, mais aussi les personnes.
Parfois, il rencontrait une
personne si poussiéreuse que son visage s'était déjà complètement
figé.
Il y avait ceux et celles qui se
roulait dans la poussière la nuit pour se protéger de la lumière.
Il avait même déjà déterré
un jeune homme enfoui sous un bon 30 centimètres de poussière.
Nous avions comme stratégie le
mouvement pour ne pas sombrer. Nous ne dormions pas plus de quelques
heures par nuit à tour de rôle. Le mouvement, c'est emmagasiner le
plus d'expérience possible sur une plus courte période possible. Je
devais bien lire à cette époque un livre tout les cinq jours,
éplucher 4 ou 5 journaux quotidiennement et travailler 60 heures
semaine. Lui, c'était les films, l'histoire de l'art,
l'anthropologie, etc. Enfin bref, vous voyez le topo. Notre action
s'inscrivait dans un mouvement anti-sommeil/anti-poussière. D'une
manière hebdomadaire, nous participions à des rencontres
informelles et officieuses dans un bar près de chez nous. Ces
rencontres se terminaient invariablement par la lecture de poèmes
écrits par nous ou non.
Nous ne faisions pas de
politique.
Ma copine nous avait initié à
ce club. Elle nous avait appris que nous n'étions pas seuls. Lorsque
j'ai rencontré Joséphine, j'avais presque perdu le combat. J'étais
coincé dans mes derniers retranchements et il n'y avait que ma tête
d'encore propre. Elle m'apprit à me battre. Joséphine était cette
lumière brute qui m'éclairait le visage ces matins pluvieux. Vous
savez au printemps, ces matins qui ressemblaient un peu trop à
novembre? En mars, on a besoin de force et d'espoir. Joséphine
s'était battu dans diverses guérillas avant de me rencontrer sur
une ligne de picktage anti-cons. C'était une lionne féroce de 5
pieds 2 et j'en étais rapidement tombé amoureux. On se battait à
la fois contre la nuit et contre le jour, contre la misère
ordinaire, contre nous-même, contre le fascisme ordinaire, contre la
poussière, contre l'espoir ordinaire, contre la vulgarité, contre
la violence.
Nous avions nos paradoxes
Mais nous nous battions contre
la poussière, dans le mouvement.
lundi 17 février 2014
143.
[suite...]
je
prends la parole et dirige la discussion (il faut un coordonnateur).
Nous élaborons un chapitre par jour sur un sujet qui nous
est chère, etc, etc. »
[à
suivre]
Nous
écrivons sur de grandes pages des dialogues très denses entre un et
plusieurs personnages. L'été, nous établissons notre quartier
général sur les grandes tables de cafés du quartier latin.
L'hiver, au contraire, nous nous cachons dans les endroits publiques
les plus glauques dans l'espoir de ne pas être vu. Nous écrivons à
divers spécialistes concernant nos problèmes respectifs. Ma
psychologue se surprend que je sois fonctionnel et m'en félicite.
Que j'ai une conception brouillée de certains concepts. Parfois, je
dois avouer que ça me désennuie. Nous creusons. Nous creusons et de
cette terre, nous sculptons des licornes, des héros et des
cauchemars. Puis commence les 5@7, où la
bohème universitaire sort de ses salles de classe. Nous nous plaçons
à des endroits stratégiques de la table afin de bien débattre et
de bien rendre l'écho à nos alliés probable. Les pichets de bière
s'accumulent à une vitesse corollaire au nombre de boursiers et de
gosses de riches ou du ratio de travailleur(se)s de la restauration
assis à la table. On y parle de révolutions, de géostratégie,
d'enjeux politiques, d'actualités et du dernier album d'Arcade Fire.
On échange quelques informations quant à la prochaine action
politico-artistique que l'on veut mettre en œuvre. On s'ennuie de
2012 en tabarnak.
On hait les élections. On se dit que les élections est la
contre-révolution la plus efficace. On se demande quelles seront les
luttes à venir, s'il y aura avenir à tout ça. On se dit fuck les
cons puis fuck la bourgeoisie. Fuck la société de consommation et
on trinque au prolétariat.
Un
prolétariat qui a besoin d'une bourgeoisie estudiantine, syndicale,
intellectuelle, artistique si elle veut s'organiser un brin, croit-on
modestement.
Nous
quittons en douce avant les additions en suivant un groupe qui se
dirige vers un vernissage ou un show à la Sala Rossa. Heureusement,
la bière a calmé la faim un peu. C'est le mois mars, on attend le
retour de la saison haute à job pour manger et payer des pichets aux
amis. Heureusement, au vernissage-spectacle, il y a des petites
bouchés. Nous parlons de constructivisme, de dada, de la nouvelle
vague, on se garde au courant des nouvelles tendances, on name-drop
la bouche pleine de pain et de vin et nous élaborons sur nos
éternels plans et projets respectifs. Après la représentation de
théâtre expérimental produit par les amis d'un ami, nous nous
bousculons dans les marches de la rockette après être allés
prendre un ou deux shooters avec le barman qu'on connait au quai des
brumes en bas. Nous prenons ensuite un cocktail ridicule de drogues
sur le bras en donnant les derniers dollars du dernier T4, en se
félicitant d'être dans un endroit si bruyant, car de toute façon
les gens ne parlent plus trop de manière cohérente et nous ennuie
un peu.
Nous
dansons. Et cela fait du bien. Il y a quelque chose qui se rapproche
de la méditation et du religieux dans tout ça en convient-on.
Puis,
la poutine, puis les discussions de divan jusqu'au soleil. Puis le
café 24h, dans nos osties de vie 24h.
vendredi 14 février 2014
142.
«Nous ne sommes pas un synonyme.
Avec l'apparition des voix, nous avons commencé la rédaction du roman. Nous avons atteint les 10 000 silences de nos angoisses. Nous, parce que nous ne sommes pas seuls. Nous avons surpris les cadavres de notre lumière. Nous vivons leur fictions beiges au déjeuner alors qu'ils croient que ce sont des aventures. Nous ne sommes pas seuls. Horiacio Oliveira à mes côtés, Ernest à mes côtés, Émilio Poniatowska à mes côtés, la Sybille à mes côtés, nous sommes une communauté. Nous avons choisi Autre Chose. Nous avons choisi la vie qui nous a prise. En fait, nous n'avons rien choisi du tout. Nous sommes entrés par cette porte un matin de longue nuit, ou par un professeur inspirant, ou par un album ou film marquant. Puis, nous n'avons plus regardé en arrière. Nous avons creusé des canaux dans les plus terrifiants sous-terrains.
Mais nous avons pas peur.
Nous n'avons pas peur le matin quand le soleil se lève devant nos yeux fatigués. Nous nous réunissons dans les cafés 24h pour faire semblant de se lever. Puis, nous établissons le plan de match du jour: prendre un café (très important), ensuite marcher dans la même direction que les autres (il ne faut pas qu'on nous remarque), puis nous nous assoyons dans les bibliothèques d'universités, municipales et nous rencontrons des amis dans les campus entre deux cours (il faut avoir des amis universitaires), c'est là que les choses deviennent sérieuses: on débute nos séances d'écritures par un café très corsé (quelque uns d'entre nous fument), je prends la parole et dirige la discussion (il faut un coordonnateur). Nous élaborons un chapitre par jour sur un sujet qui nous est chère, etc, etc. »
[à suivre]
mardi 11 février 2014
141,5
Je dors pas. Montréal 30 février 2039495959.
J'angoisse, j'étudie pas, je suis fatigué. Je cours après mon nom. J'écris des projets. Je travaille partout, nul part. Partout. Je n'ai pas fait de poésie depuis mon dernier accident de vélo. Je marchais puis pouf la face en sang. Pu de vélo, en fait, il n'y avait pas de vélo.
Bonne nuit sacrament.
J'angoisse, j'étudie pas, je suis fatigué. Je cours après mon nom. J'écris des projets. Je travaille partout, nul part. Partout. Je n'ai pas fait de poésie depuis mon dernier accident de vélo. Je marchais puis pouf la face en sang. Pu de vélo, en fait, il n'y avait pas de vélo.
Bonne nuit sacrament.
jeudi 30 janvier 2014
141.
«Je me suis acheté 3 h par
jours. J'ai loué 4 heures de travail à quelqu'un. J'ai vendu mon
temps pour des connaissances. J'ai sous-loué ma tête pis mes pieds
pis mes mains depuis mes 15 ans. J'ai hypothéqué le char, mes
déplacements pis une poignée de valeurs. Mes valeurs, cotées en
bourse appartiennent à un CA d'investisseurs qui rappelle avec
bienveillance à l'exécutif le droite chemin sécuritaire du salue
éternelle et vice-versa. Ma visa a eu du bon temps, mais ne se
rappelle plus trop du 32 mars 2010. Mes meilleurs deals ont été
quatre trente sous pour une piasse et vingt. Jme suis acheté une
girouette l'autre matin. Elle pointait 83 directions différentes. À
me dit de réinvestir dans mes reers jusqu'à 63 ans pis après
mourir. À me dit de comprendre que je vieillis plus vite que mes
épargnes. À me dit de faire la juste part des choses. Y me dit
d'avoir un plan et un cadre. Y me dit de faire un retrait dans mon
compte opération : le garder au minimum de la mobilité.
L'temps c'est pas payant. Pis la vie.
De l'eau pour éteindre ma tête
stp. Bye.
Je.
Je suis revenu de l'autre bord
avec beaucoup d'étrangeté dans la gorge.
J'ai échangé mes habitudes pour un billet de bus.
J'ai recommencé à écrire pour
revenir.
Je communique au Je.
Je.»
Simon Bossé-Pelletier
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