lundi 15 septembre 2014

146.

«Pourquoi j'avais choisi une table isolée remplit de livres? Je ne sais pas. Chacun des livres me regardaient droit dans les yeux. Une évidence reliait la petite et la grande histoire. Un récit très documenté joué par un mauvais comédien qui ne faisait que tourner des pages-miroirs. Les livres semblaient lui faire un message. Les gens autours ne lui avaient laissés que cette table. Était-ce un complot? À défaut de trouver de la vérité dans le silence nous nous y perdions». 


-E. Bonaparte-  Fragments

«Je ne pouvais laisser sur cette table autant de livres. Avec des titres aussi mystérieux que: Vitesse et Silence: Interprétations asymétrique des désirs et du contrôle, ou alors Bienséance et violence: symbolisme de la radicalité, on plongeait la tête dans le lac en y cherchant toujours plus loin son visage». 
-E. Bonaparte- Émietté  






lundi 31 mars 2014

145.



Ce n'était pas de ces fois où les gens marchaient dans les rues avec d'immenses sourires et de la colère à la fois. Ce n'était pas de ces premiers jours de printemps qui vous accrochent sur une terrasse de café dans le quartier latin. Ce n'était pas ces matins amoureux. Ce n'était pas ces départs en voiture-sur-le-pouce-sur-la-route vers de hautes montagne, au nord, à l'ouest. Ce n'était pas la fois sur le bord de la frontière Yukon-Alaska les pieds gelés mais libres. Ces petits ordinaires avec ses extras. Ces rêves qui évoluent. Cette bande annonce de nos vies avant leurs sorties. Je ne cherchais plus la réalité dans ses coutures les plus fines. C'était un gros trou au niveau du genou-punk ma réalité. Dans mon film, il n'y a pas de couturiers. Ça ne se peut pas que j'aie perdu le micro et la caméra en même temps. Mes petits ordinaires sont cadrés par un directeur photo ivre, en sépia, surexposé.

Lui et l'image.

Des voix gesticules pendant que la musique ralentit tout, encore. Comme un vieux punk au coin de la rue avec trop de marde dans le sang qui fait du 9à5 pour son pusher. Y'a presque la cravate pis la carte de crédit loadée. Pogné dans le trafic avec tout le monde. Cela doit avoir quelque chose de rassurant. De ne pas être dans le char je veux dire.



Nous attendions quelque chose.

E.N.   

jeudi 20 mars 2014

144.

19 mars 2014

Nous écrivions de courts poèmes sur nos défaites respectives.
Et nous étions applaudis comme des héros nationaux. -E.Nobsom-

Je me réveillais souvent le matin avant tout le monde. Il y avait dans le couloir chez moi, de la poussière en suspension qui faisait son grand balai. Elle semblait tomber depuis des siècles cette poussière. De la chiure de temps qui tend à tout enterrer. Nous nous évertuons à garder les objets à la surface mais, le matin, la poussière prenait un peu d'avance et nous bravait sous les projecteurs. Et je ressentais, ces matins, une impression d'interdit qui me poussait à poursuivre ma progression dans le couloir du matin. Et j'écrivais sur mon chemin de courtes phrases sur les murs. Le mystère garde alerte.

J'écrivais partout, mais les mots et une lumière rougeâtre m'attirait invariablement vers la cuisine. Je terminais une phrase par les mots «logorrhée fiévreuse» (j'adore ces mots) lorsque je vis mon coloc, dos à moi, qui prenait un café à la table de la cuisine en fixant la cours arrière. Ma sensibilité était très cinématographique ce matin-là. Mon coloc également s'évertuait à déterrer les objets de la chiure de temps, mais aussi les personnes.

Parfois, il rencontrait une personne si poussiéreuse que son visage s'était déjà complètement figé.
Il y avait ceux et celles qui se roulait dans la poussière la nuit pour se protéger de la lumière.
Il avait même déjà déterré un jeune homme enfoui sous un bon 30 centimètres de poussière.

Nous avions comme stratégie le mouvement pour ne pas sombrer. Nous ne dormions pas plus de quelques heures par nuit à tour de rôle. Le mouvement, c'est emmagasiner le plus d'expérience possible sur une plus courte période possible. Je devais bien lire à cette époque un livre tout les cinq jours, éplucher 4 ou 5 journaux quotidiennement et travailler 60 heures semaine. Lui, c'était les films, l'histoire de l'art, l'anthropologie, etc. Enfin bref, vous voyez le topo. Notre action s'inscrivait dans un mouvement anti-sommeil/anti-poussière. D'une manière hebdomadaire, nous participions à des rencontres informelles et officieuses dans un bar près de chez nous. Ces rencontres se terminaient invariablement par la lecture de poèmes écrits par nous ou non.

Nous ne faisions pas de politique.

Ma copine nous avait initié à ce club. Elle nous avait appris que nous n'étions pas seuls. Lorsque j'ai rencontré Joséphine, j'avais presque perdu le combat. J'étais coincé dans mes derniers retranchements et il n'y avait que ma tête d'encore propre. Elle m'apprit à me battre. Joséphine était cette lumière brute qui m'éclairait le visage ces matins pluvieux. Vous savez au printemps, ces matins qui ressemblaient un peu trop à novembre? En mars, on a besoin de force et d'espoir. Joséphine s'était battu dans diverses guérillas avant de me rencontrer sur une ligne de picktage anti-cons. C'était une lionne féroce de 5 pieds 2 et j'en étais rapidement tombé amoureux. On se battait à la fois contre la nuit et contre le jour, contre la misère ordinaire, contre nous-même, contre le fascisme ordinaire, contre la poussière, contre l'espoir ordinaire, contre la vulgarité, contre la violence.

Nous avions nos paradoxes
Mais nous nous battions contre la poussière, dans le mouvement.



lundi 17 février 2014

143.

[suite...]


je prends la parole et dirige la discussion (il faut un coordonnateur). Nous élaborons un chapitre par jour sur un sujet qui nous est chère, etc, etc. »

[à suivre]


Nous écrivons sur de grandes pages des dialogues très denses entre un et plusieurs personnages. L'été, nous établissons notre quartier général sur les grandes tables de cafés du quartier latin. L'hiver, au contraire, nous nous cachons dans les endroits publiques les plus glauques dans l'espoir de ne pas être vu. Nous écrivons à divers spécialistes concernant nos problèmes respectifs. Ma psychologue se surprend que je sois fonctionnel et m'en félicite. Que j'ai une conception brouillée de certains concepts. Parfois, je dois avouer que ça me désennuie. Nous creusons. Nous creusons et de cette terre, nous sculptons des licornes, des héros et des cauchemars. Puis commence les 5@7, où la bohème universitaire sort de ses salles de classe. Nous nous plaçons à des endroits stratégiques de la table afin de bien débattre et de bien rendre l'écho à nos alliés probable. Les pichets de bière s'accumulent à une vitesse corollaire au nombre de boursiers et de gosses de riches ou du ratio de travailleur(se)s de la restauration assis à la table. On y parle de révolutions, de géostratégie, d'enjeux politiques, d'actualités et du dernier album d'Arcade Fire. On échange quelques informations quant à la prochaine action politico-artistique que l'on veut mettre en œuvre. On s'ennuie de 2012 en tabarnak. On hait les élections. On se dit que les élections est la contre-révolution la plus efficace. On se demande quelles seront les luttes à venir, s'il y aura avenir à tout ça. On se dit fuck les cons puis fuck la bourgeoisie. Fuck la société de consommation et on trinque au prolétariat.

Un prolétariat qui a besoin d'une bourgeoisie estudiantine, syndicale, intellectuelle, artistique si elle veut s'organiser un brin, croit-on modestement.

Nous quittons en douce avant les additions en suivant un groupe qui se dirige vers un vernissage ou un show à la Sala Rossa. Heureusement, la bière a calmé la faim un peu. C'est le mois mars, on attend le retour de la saison haute à job pour manger et payer des pichets aux amis. Heureusement, au vernissage-spectacle, il y a des petites bouchés. Nous parlons de constructivisme, de dada, de la nouvelle vague, on se garde au courant des nouvelles tendances, on name-drop la bouche pleine de pain et de vin et nous élaborons sur nos éternels plans et projets respectifs. Après la représentation de théâtre expérimental produit par les amis d'un ami, nous nous bousculons dans les marches de la rockette après être allés prendre un ou deux shooters avec le barman qu'on connait au quai des brumes en bas. Nous prenons ensuite un cocktail ridicule de drogues sur le bras en donnant les derniers dollars du dernier T4, en se félicitant d'être dans un endroit si bruyant, car de toute façon les gens ne parlent plus trop de manière cohérente et nous ennuie un peu.

Nous dansons. Et cela fait du bien. Il y a quelque chose qui se rapproche de la méditation et du religieux dans tout ça en convient-on.



Puis, la poutine, puis les discussions de divan jusqu'au soleil. Puis le café 24h, dans nos osties de vie 24h. 

vendredi 14 février 2014

142.

«Nous ne sommes pas un synonyme. 

Avec l'apparition des voix, nous avons commencé la rédaction du roman. Nous avons atteint les 10 000 silences de nos angoisses. Nous, parce que nous ne sommes pas seuls. Nous avons surpris les cadavres de notre lumière. Nous vivons leur fictions beiges au déjeuner alors qu'ils croient que ce sont des aventures. Nous ne sommes pas seuls. Horiacio Oliveira à mes côtés, Ernest à mes côtés, Émilio Poniatowska à mes côtés, la Sybille à mes côtés, nous sommes une communauté. Nous avons choisi Autre Chose. Nous avons choisi la vie qui nous a prise. En fait, nous n'avons rien choisi du tout. Nous sommes entrés par cette porte un matin de longue nuit, ou par un professeur inspirant, ou par un album ou film marquant. Puis, nous n'avons plus regardé en arrière. Nous avons creusé des canaux dans les plus terrifiants sous-terrains. 

Mais nous avons pas peur. 

Nous n'avons pas peur le matin quand le soleil se lève devant nos yeux fatigués. Nous nous réunissons dans les cafés 24h pour faire semblant de se lever. Puis, nous établissons le plan de match du jour: prendre un café (très important), ensuite marcher dans la même direction que les autres (il ne faut pas qu'on nous remarque), puis nous nous assoyons dans les bibliothèques d'universités, municipales et nous rencontrons des amis dans les campus entre deux cours (il faut avoir des amis universitaires), c'est là que les choses deviennent sérieuses: on débute nos séances d'écritures par un café très corsé (quelque uns d'entre nous fument), je prends la parole et dirige la discussion (il faut un coordonnateur). Nous élaborons un chapitre par jour sur un sujet qui nous est chère, etc, etc. »

[à suivre]

mardi 11 février 2014

141,5

Je dors pas. Montréal 30 février 2039495959.


J'angoisse, j'étudie pas, je suis fatigué. Je cours après mon nom. J'écris des projets. Je travaille partout, nul part. Partout. Je n'ai pas fait de poésie depuis mon dernier accident de vélo. Je marchais puis pouf la face en sang. Pu de vélo, en fait, il n'y avait pas de vélo.


Bonne nuit sacrament.




jeudi 30 janvier 2014

141.

«Je me suis acheté 3 h par jours. J'ai loué 4 heures de travail à quelqu'un. J'ai vendu mon temps pour des connaissances. J'ai sous-loué ma tête pis mes pieds pis mes mains depuis mes 15 ans. J'ai hypothéqué le char, mes déplacements pis une poignée de valeurs. Mes valeurs, cotées en bourse appartiennent à un CA d'investisseurs qui rappelle avec bienveillance à l'exécutif le droite chemin sécuritaire du salue éternelle et vice-versa. Ma visa a eu du bon temps, mais ne se rappelle plus trop du 32 mars 2010. Mes meilleurs deals ont été quatre trente sous pour une piasse et vingt. Jme suis acheté une girouette l'autre matin. Elle pointait 83 directions différentes. À me dit de réinvestir dans mes reers jusqu'à 63 ans pis après mourir. À me dit de comprendre que je vieillis plus vite que mes épargnes. À me dit de faire la juste part des choses. Y me dit d'avoir un plan et un cadre. Y me dit de faire un retrait dans mon compte opération : le garder au minimum de la mobilité. L'temps c'est pas payant. Pis la vie.
De l'eau pour éteindre ma tête stp. Bye.

Je.
Je suis revenu de l'autre bord avec beaucoup d'étrangeté dans la gorge.
J'ai échangé mes habitudes pour un billet de bus.
J'ai recommencé à écrire pour revenir.
Je communique au Je.

Je.»  

Simon Bossé-Pelletier