lundi 28 octobre 2013

135.

(2/2)

''...C'était un immense incendie dans la structure même de l'édifice. Un vieux building du XIXe siècle qui se perdait dans le quartier des nouvelles technologies. Cela avait commencé par un feu de poubelle, un vieux cendrier jeté dans une corbeille d'idées mortes. Et peut-être un passant serait passé près de la corbeille et y aurait lancé un coup de pied. Nous nous rappelons du contenu de la poubelle. Un lunch bio en croutes, c'était à lui, des notes pour le nouveau projet de film et une ébauche de roman. J'ai écrit ça durant mes pauses. J'espère que c'est sur mon papier que les braises se sont répandues.

Il n'avait pas dormi depuis trois jours. Son visage était un cauchemars avec la petite goûte de sang sur la tempe qui complétait le portrait. Il n'était plus question de refaire le monde à partir de ce moment précis. Sa vie avait radicalement changée à l'instant même du contact avec la tuile pleine d'urine d'ivrognes. Ça remet les choses en perspective


Sa vie avait radicalement changée [...] changer le monde était devenu une blague de souper entre amis. Un petit sarcasme entre deux gorgés de bon vin. Étrangement les maux de dos avaient commencé après l'achat du nouveau mobilier de salon. C'était pas sur le ciment ou dans les cellules les mains dans le dos que nous avions chipés nos vilains maux de dos. Il avait la maladie de l'ennuie depuis sa plus tendre enfance. C'est pas sur les routes du nord que nous avions chipés nos rides sous les yeux. Les soupers entre amis lui dévissaient les entrailles à chaque fois. Les discussions sur le nouveau condo étaient une arme redoutable pour la contre-révolution. Il savait qu'il était un éternel adolescent qui refusait de vieillir. Il regardait son verre et maudissait sa mollesse. Il ratait la bonne blague de chose sur le trafic d'enfer sur sa rue. Un mal de crâne lui jouait du bass-drum dans les tempes; comme ce bar, ce soir-là, cette plus longue journée, ce refus du sommeil, cette voix qui ne le lâchait pas, cette cigarette qu'il n'avait même pas envie de fumer mais qui lui permettait d'aller voir dehors voir s'il s'y trouvait.''

E.N.

dimanche 27 octobre 2013

134.

''Il avait rêvé qu'il perdait connaissance dans les toilettes d'un bar.

Il avait écrit la première phrase. La première phrase est écrite. Les courriels sont vérifiés. Une phrase est composée. Un autre café svp. Une pensée qui me court partout dans tête comme un enfant hyperactif. De l'automne pleins les feuilles qui me bouchent les oreilles de deuxième phrase. Une rythmique gluante orange et jaune et beige sur des mots beiges, sur des concepts beiges, sur un avenir beige obstrue la canalisation. Ça va geler bientôt toute cette belle bouette. C'est dommage les printemps canadiens, il n'y a que les survivant(e)s pis les ours qui y croient encore.

La tête avait rebondi deux fois avant de s'être arrêtée sur la tuile qui goûtait l'urine.

Il regardait le papier en trois dimensions. Il rentrait, en quelque sorte dans le papier. C'était un labyrinthe calme et apaisant. Des cadres décoraient les murs à chaque virages. Des objets obstruaient certains passages et parfois quelques personnes le saluaient en vaquant à leurs occupations. Un monde figé dans le labyrinthe qui demeurait dans un ordre qui lui était propre. On s'y enfonce le plus longtemps possible. Parfois, on se met à courir en pensant à d'autres choses question de ne plus se rappeler la sortie. On en sort toujours. C'est une fatalité. Un jour j'y escaladerai les murs.

Il voyait son visage dans la glace à présent. Une cigarette semblait viser là depuis des années et fumait de manière continue sans se consommer.''


(parti 1/2)

mardi 8 octobre 2013

133.


«Je ne suis pas là. J'ai quitté, il y a de cela quatre ans déjà. Nous étions dans la vase jusqu'au coup. La drogue, les médocs, les bars, les clubs, on cherchait mille plans foireux pour s'en tirer. La lumière nous brûlait les yeux. Les étoiles c'est amplement suffisantes, ça fait encore rêver même quand c'est mort. Nos yeux ne captaient plus certaines couleurs, certaines textures, certaines teintes. On fuyait le jour comme ces vampires de nos cauchemars. À cette époque, je n'écrivais plus. Je griffonnais des notes sur mes mains moisis et fatigué; aucune histoire ne filtrait par mes dents serrées, fracassées, fermées. Nous avions en commun cette difficulté d'exister et nous combattions, à notre manière, ces moulins vulgaires. Nous cherchions le soleil en pleine nuit, ce qui était parfaitement illogique. Alors pourquoi n'avions nous que la vitesse pour seul allié? Nous étions amoureux comme Bonnie et Clyde : dans une voiture, sur la route, dans la crasse; nous étions beaux comme ces matins que nous attendions dans le désert Mojave....[...] Je suis arrivé en Californie, je te cherche... »

E. Nobsom -Journal : 2 avri 1982, San Francisco-

vendredi 4 octobre 2013

132.


4 octobre 2013


Matin, du café pour arroser ma grosse face somnolente et du vent de vélo dans le trafic pour me sentir vivre quinze secondes, quinze secondes. C'est toujours entre Laurier et Rachel, puis entre Sherbrooke que ça se passe. Tu déjoues en échappé deux ou trois portières pis tu affrontes dans les coins, un taxi ou un pick up qui change de voie sans te voir. Tu dépasses les files de jambons dans leurs cannes cuisant à broil. Je me suis toujours senti imposteur, caméléon les jours où je l'assume. Ma littérature est une langue de bois cheezy rapée (râpé) dans du pâté chinois crémeux. J'ai quitté l'école avec un baccalauréat en littérature, bien sur, donc je gagne ma vie dans les restaurants de Montréal et de l'ouest du Canada. Je n'ai rien à voir avec mes anciens comparses de classe qui enseigne maintenant dans les collèges pour la plupart, et à l'université pour d'autres. L'autre portion se sont redirigé en communication ou on fait un dep en job stable. Je les envie. Maintenant, je leurs sers le petit déjeuné ou leur bière de 4 à 7. La première chose qui m'a frappé, est à quel point ils ont grossi. Moi, je suis toujours aussi rachitique avec mes deux repas par jour, mangés sur un coin de table.

Je me retrouve souvent entouré de gars et de filles entre deux vies, ceux qui font un max de fric avant un voyage, ceux qui rêvent de roman ou d'expositions grandioses, ceux qui feront la fête toute leur vie pour tromper l'ennuie, etc etc. Je me suis jamais situé dans aucune de ces catégories. On me demande souvent ce que je veux faire de ma vie et les réponses varient selon les saisons, selon l'humeur, selon l'amour, selon le criss de cash, selon l'état de mon char, selon les bébittes qui me jouent dans la caboche. Je descends la côte pis je me dis que je ferai ça toute ma vie, descendre la côte. Je me suis cherché de la job aujourd'hui avec Nathan. Il est écoeuré aussi des bars. On regardait des photos de nous d'y il y a pas si longtemps et on a trouvé qu'on avait vieilli. Notre voix se fait vieille, nos éclats de rires toussotes un peu plus. Je me suis dit que travailler dans une librairie serait en lien avec mon champ d'études et que ça serait un bon point de départ vers une vie plus normale. Je veux une vie normale. Des déjeuners et promener le chien pis toute pis toute. Cette vie du coup me fuit. Je regardais donc les offres d'emploies. Et à 10$ de l'heure, j'ai vite perdu motivation et envie. Je suis retourné laver des ustensiles avec Nathan.  

-anonyme-