mardi 10 décembre 2013

140.

Chère Joséphine,

c'est le mois de novembre depuis des siècles. Ma poésie pu les cafés 24 heures. Les discussions sans mots, les chorégraphies synthétiques et les balades de regrets à quatre sous ont eu raison de mon énergie. Je pue le cafard depuis des mois. Je longe les avenues du sud au nord, jusqu'à ma bataille de Leipzig. Ma grande bataille avec Poniatowski, mon frère polonais, qui ne se mêle qu'avec mélancolie à mon criss de XXIe siècle de misère et de iphone. Je suis plongé dans mes fictions depuis deux mois déjà. J'ai gouté à toute les sortes de scotch avec Poniatowski. C'est en son honneur que j'ai nommé mon personnage fétiche ''Émilio Poniatowska'', mon personnage est de chaque bataille. J'aimerais y être. Poniatowski me trouve ridicule. Je reviendrais en héro, couronné, avec la fatigue des aventuriers. Et si tu meurs Bonaparte? aime-t-il me répondre (il adore m'appeler Bonaparte). Eh bien, on m'oubliera comme cette défaite horrible. On ne se souvient que des grandes victoires.

Je bois du scotch avec Poniatowski, Joséphine je me sens seul dans mes cités froides. J'ai lâché l'école. Je n'y trouvais que mes plus horribles échecs. Je vais me lancer dans l'immobilier. Je vais vendre des condos puis en acheter, puis..

Joséphine, je me suis réveillé hier sur un carrelage de toilette. Je crois que j'étais chez moi. Maintenant, les murs me surveillent et je troquerais mes chemises bleus contre leurs stroboscopes stéthoscope médicamenteux.

La curiosité disparaît à chaque chèques de paye. On te déduit un peu de ta substance chaotique au provincial, on te prend une cotisation assurance vie au fédéral, pis le syndicat te donne le confort d'un paraplégique. Tu es coincé dans ta maison et tu cherches tes amis.

Je suis tellement fatigué Joséphine.


Ernest

lundi 25 novembre 2013

139.


«J'étais assis à la table devant moi et je regardais la personne qui me regardait dans le miroir de la table devant moi, je me demandais comment interpréter le malaise de la personne devant moi à ma vue, que la personne devant moi devait avoir une histoire qui commençait par une quinzaine d'années sans histoire et une impression de ne pas être seul devant soi. Et moi je courais après le temps devant moi, me regardant regarder toujours et un peu trop loin, me prenant les pieds. Devant moi, il n'y a que des miroirs et devant moi, une mer sans fond. Une table pleins de papiers qui possède un homme devant elle qui se regarde et se rappelle l'esclave des jours sans lumière. Un dos bien remplit de doutes une tête pleine de sable qu'il essaie de déloger avec un long tournevis dans le crane. De longue croute de sable dans la tête devant soi s’agglutine. Je trébuche et je trébuche. Je n'écris que pour les titres.»

-Retour des innocents sur la mer agitée-  E.N.

jeudi 21 novembre 2013

138.

Assis dans une banquette d'un restaurant bon marché, je regarde la compétition de curling en direct et avec quelle ardeur les joueurs balaient le sol devant la pierre. Celui qui semble être le chef d'équipe crie des ordres pour que coup de balaie soit parfait, j'imagine. C'est le chef des lanceurs de pierre. La barmaid au bar regarde elle aussi le match en polissant des verres et fort probablement en pensant à autre chose. Un homme ayant une forte corpulence vient s'assoir à côté de moi en me serrant la main. Une énorme mouche au front attire instinctivement mon attention. Il est essoufflé comme trois guerres mondiales et me regarde de haut malgré qu'il soit plus petit que moi. Il enchaine une série de questions d'usages en gribouillant sur une feuille qui contient l'ensemble de mes activités des dernières années. On aborde le sujet de l'écriture, il écrit lui aussi. Je l'ai compris lorsqu'il m'a demandé si je trouvais cela difficile écrire (il avait vu mon parcours académique). Je l'ai mis dans ma poche en posant des questions sur lui-même et sur le métier d'écrivain qu'on pratiquait tous les deux. 

Au moment où nous nous sommes mis à parler de scénarisation et de mettre en images des idées et émotions pour en dire autant qu'un texte littéraire, je suis tombé dans la lune un peu. Je me suis vu sur la banquette, le dos droit en train de converser avec cet homme. Je pensais à mon béret que j'avais enlevé avant d'entrer, à mon manteau de jeans qui n'avait pas plu au gérant, je repensais à ma vieille pochette de serveur qui puait dans le tiroir de ma chambre. Je me disais que je finirais bien à m'habituer à la décoration indigeste de l'endroit et à la quantité de télé qui vomissaient du sport en boucle. Je repensais à cette femme qui m’exhortait de quitter les restaurants et les bars, que ça serait ma ruine. Elle écrivait bien. Et je me demandais à quel point il serait difficile de mettre en image cette situation et mes pensées... 

… des pantalons noirs, chemises noires, souliers noirs. Du noir pis du silence pis des assiettes pis du courage, pis du temps des fêtes qui s'en vient, pis de la clientèle, pis du mâchouillage d’orgueil. Il me faudra cinq ou six estomacs pour digérer ça. Je vais m'ennuyer de la terrasse de pirates du Quartier latin.


«Donc parfait Simon, tu commences demain à 17h» 

mercredi 13 novembre 2013

137.

«Il y avait cette envie d'écrire de longues phrases sans fin. Des je remplient d'humanité et de drame. Des tu d'accusations, de souvenirs et de complicités. Des nous solidaires de grands soirs, des nous à la chandelle sans électricité en pleins milieu des premiers froids de novembre, sans prédicat, qu'un long sujet sans action, le cauchemars avec un grand sourire. Du gros vous sale qui allez danser avec l'énergie d'on ne sait où. De la danse de sourds sur de la poésie d'ordinateurs qui vous piétine le crâne le matin, puis le jour, puis le soir dans cet interminable acouphène en 4/4. On se doit de se réapproprier les métros et en faire des endroits joyeux, pas des bunkers de cadavres. Puis des ils et des elles, ces étrangers qui sont venus de loin et qui repartent loin, dans les gares et les autoroutes en zigzags. On ne se souvient même plus de leurs noms. Et finalement, ce il impersonnel que cache tous les poètes et les banquiers de l'affect qui aiment ces longues phrases usées et vieux jeu. Du monde riche et anonyme, qui nettoie votre vaisselle et vous sert le caviars. Fuck off.

Une seule longue phrase en petits caractères dans un cahier trop petit trop remplit sans tâches de café, avec les mains tremblantes de froid, criss de froid c'est déjà la saison sèche, je ne sais pas comment je vais faire cette année, je, je recommence les questions les voyages dans ma tête enfermée et têtue, tu diras à chose que je monte dans l'ouest bientôt, tu? Tu feras comme si tu étais surpris de mes histoires et tu commanderas un autre pichet au barman que la soirée va être longue que la poésie va être sale et pâteuse. On se mettra à rire du ridicule de nos vies pis on regardera les routes sur google map pis les billets d'avions. On? Nous serons éphémère comme ces belles révolutions qui ont toujours lieu quand il ne fait pas trop froid. Nous ne serons pas capable d'écrire qu'une longue phrase, il y aura trop de ponctuations et de parenthèses pis des guillemets aussi. J'ai du feu dans les mains. Vous n'y verrez que la lumière, pas les brûlures. Ils sont où les potes en novembre?


Lumilla, je crois que je m'améliore.»

Ernest Nobsom, Punk

lundi 4 novembre 2013

136.

«Je lui écrivais souvent des lettres d'amours qui commençaient souvent par ''nous nous sommes rencontrés dans la vitesse''. C'était de longues lettres qui racontaient de lentes tragédies. Elle me répondait rarement. Sauf une fois où elle m'envoya cette note: ''La vie m'a rapproché de toi, mais je ne suis pas dans dans peau''.

[...]

E.N.

lundi 28 octobre 2013

135.

(2/2)

''...C'était un immense incendie dans la structure même de l'édifice. Un vieux building du XIXe siècle qui se perdait dans le quartier des nouvelles technologies. Cela avait commencé par un feu de poubelle, un vieux cendrier jeté dans une corbeille d'idées mortes. Et peut-être un passant serait passé près de la corbeille et y aurait lancé un coup de pied. Nous nous rappelons du contenu de la poubelle. Un lunch bio en croutes, c'était à lui, des notes pour le nouveau projet de film et une ébauche de roman. J'ai écrit ça durant mes pauses. J'espère que c'est sur mon papier que les braises se sont répandues.

Il n'avait pas dormi depuis trois jours. Son visage était un cauchemars avec la petite goûte de sang sur la tempe qui complétait le portrait. Il n'était plus question de refaire le monde à partir de ce moment précis. Sa vie avait radicalement changée à l'instant même du contact avec la tuile pleine d'urine d'ivrognes. Ça remet les choses en perspective


Sa vie avait radicalement changée [...] changer le monde était devenu une blague de souper entre amis. Un petit sarcasme entre deux gorgés de bon vin. Étrangement les maux de dos avaient commencé après l'achat du nouveau mobilier de salon. C'était pas sur le ciment ou dans les cellules les mains dans le dos que nous avions chipés nos vilains maux de dos. Il avait la maladie de l'ennuie depuis sa plus tendre enfance. C'est pas sur les routes du nord que nous avions chipés nos rides sous les yeux. Les soupers entre amis lui dévissaient les entrailles à chaque fois. Les discussions sur le nouveau condo étaient une arme redoutable pour la contre-révolution. Il savait qu'il était un éternel adolescent qui refusait de vieillir. Il regardait son verre et maudissait sa mollesse. Il ratait la bonne blague de chose sur le trafic d'enfer sur sa rue. Un mal de crâne lui jouait du bass-drum dans les tempes; comme ce bar, ce soir-là, cette plus longue journée, ce refus du sommeil, cette voix qui ne le lâchait pas, cette cigarette qu'il n'avait même pas envie de fumer mais qui lui permettait d'aller voir dehors voir s'il s'y trouvait.''

E.N.

dimanche 27 octobre 2013

134.

''Il avait rêvé qu'il perdait connaissance dans les toilettes d'un bar.

Il avait écrit la première phrase. La première phrase est écrite. Les courriels sont vérifiés. Une phrase est composée. Un autre café svp. Une pensée qui me court partout dans tête comme un enfant hyperactif. De l'automne pleins les feuilles qui me bouchent les oreilles de deuxième phrase. Une rythmique gluante orange et jaune et beige sur des mots beiges, sur des concepts beiges, sur un avenir beige obstrue la canalisation. Ça va geler bientôt toute cette belle bouette. C'est dommage les printemps canadiens, il n'y a que les survivant(e)s pis les ours qui y croient encore.

La tête avait rebondi deux fois avant de s'être arrêtée sur la tuile qui goûtait l'urine.

Il regardait le papier en trois dimensions. Il rentrait, en quelque sorte dans le papier. C'était un labyrinthe calme et apaisant. Des cadres décoraient les murs à chaque virages. Des objets obstruaient certains passages et parfois quelques personnes le saluaient en vaquant à leurs occupations. Un monde figé dans le labyrinthe qui demeurait dans un ordre qui lui était propre. On s'y enfonce le plus longtemps possible. Parfois, on se met à courir en pensant à d'autres choses question de ne plus se rappeler la sortie. On en sort toujours. C'est une fatalité. Un jour j'y escaladerai les murs.

Il voyait son visage dans la glace à présent. Une cigarette semblait viser là depuis des années et fumait de manière continue sans se consommer.''


(parti 1/2)

mardi 8 octobre 2013

133.


«Je ne suis pas là. J'ai quitté, il y a de cela quatre ans déjà. Nous étions dans la vase jusqu'au coup. La drogue, les médocs, les bars, les clubs, on cherchait mille plans foireux pour s'en tirer. La lumière nous brûlait les yeux. Les étoiles c'est amplement suffisantes, ça fait encore rêver même quand c'est mort. Nos yeux ne captaient plus certaines couleurs, certaines textures, certaines teintes. On fuyait le jour comme ces vampires de nos cauchemars. À cette époque, je n'écrivais plus. Je griffonnais des notes sur mes mains moisis et fatigué; aucune histoire ne filtrait par mes dents serrées, fracassées, fermées. Nous avions en commun cette difficulté d'exister et nous combattions, à notre manière, ces moulins vulgaires. Nous cherchions le soleil en pleine nuit, ce qui était parfaitement illogique. Alors pourquoi n'avions nous que la vitesse pour seul allié? Nous étions amoureux comme Bonnie et Clyde : dans une voiture, sur la route, dans la crasse; nous étions beaux comme ces matins que nous attendions dans le désert Mojave....[...] Je suis arrivé en Californie, je te cherche... »

E. Nobsom -Journal : 2 avri 1982, San Francisco-

vendredi 4 octobre 2013

132.


4 octobre 2013


Matin, du café pour arroser ma grosse face somnolente et du vent de vélo dans le trafic pour me sentir vivre quinze secondes, quinze secondes. C'est toujours entre Laurier et Rachel, puis entre Sherbrooke que ça se passe. Tu déjoues en échappé deux ou trois portières pis tu affrontes dans les coins, un taxi ou un pick up qui change de voie sans te voir. Tu dépasses les files de jambons dans leurs cannes cuisant à broil. Je me suis toujours senti imposteur, caméléon les jours où je l'assume. Ma littérature est une langue de bois cheezy rapée (râpé) dans du pâté chinois crémeux. J'ai quitté l'école avec un baccalauréat en littérature, bien sur, donc je gagne ma vie dans les restaurants de Montréal et de l'ouest du Canada. Je n'ai rien à voir avec mes anciens comparses de classe qui enseigne maintenant dans les collèges pour la plupart, et à l'université pour d'autres. L'autre portion se sont redirigé en communication ou on fait un dep en job stable. Je les envie. Maintenant, je leurs sers le petit déjeuné ou leur bière de 4 à 7. La première chose qui m'a frappé, est à quel point ils ont grossi. Moi, je suis toujours aussi rachitique avec mes deux repas par jour, mangés sur un coin de table.

Je me retrouve souvent entouré de gars et de filles entre deux vies, ceux qui font un max de fric avant un voyage, ceux qui rêvent de roman ou d'expositions grandioses, ceux qui feront la fête toute leur vie pour tromper l'ennuie, etc etc. Je me suis jamais situé dans aucune de ces catégories. On me demande souvent ce que je veux faire de ma vie et les réponses varient selon les saisons, selon l'humeur, selon l'amour, selon le criss de cash, selon l'état de mon char, selon les bébittes qui me jouent dans la caboche. Je descends la côte pis je me dis que je ferai ça toute ma vie, descendre la côte. Je me suis cherché de la job aujourd'hui avec Nathan. Il est écoeuré aussi des bars. On regardait des photos de nous d'y il y a pas si longtemps et on a trouvé qu'on avait vieilli. Notre voix se fait vieille, nos éclats de rires toussotes un peu plus. Je me suis dit que travailler dans une librairie serait en lien avec mon champ d'études et que ça serait un bon point de départ vers une vie plus normale. Je veux une vie normale. Des déjeuners et promener le chien pis toute pis toute. Cette vie du coup me fuit. Je regardais donc les offres d'emploies. Et à 10$ de l'heure, j'ai vite perdu motivation et envie. Je suis retourné laver des ustensiles avec Nathan.  

-anonyme-

jeudi 19 septembre 2013

131.

''Puis un jour comme ça, j'arrêtai de méta-écrire pour finalement écrire, de penser pour agir, de projeter pour être, d'avoir des dates limites plutôt que des projets. J'avais transformé ma vie en gigantesque bureau plutôt que d'essayer d'avoir l'endroit parfait pour la création. Durant une période donné, j'acceptai le calme et la routine afin de pouvoir ligner en de lentes discussions mes excès et mon feu. Il fallait ce compromis, on ne peut créer dans la maison en feu. Les poumons en feu, le coeur en feu, la vie en feu. Maintenant, j'ai les mains en feu, pour un temps. Demain, on verra. C'est aussi ça brûler, j'imagine. ''
-E. N. -

dimanche 16 juin 2013

130.

''Nous nous sommes levés cette nuit. Les oiseaux ne chantaient pas encore la fin de cette nuit, vingt minutes plus tard. Et le ciel prenait une légère teinte mauve à l'est et la fatigue n'avait pas activé encore les maux de dos. Les ostis maux de dos. Nous avons quittés la ville sur la pointe des pieds comme des nomades las des adieux. Nous leurs avons tout pris de valeur. Si peu.

Je revenais d'Alaska. L'automne l'exile la liberté la mort la fuite la solitude la vie la route. J'avais levé le pouce sur ces terres brutes.

Ce matin, nous partions léger au silence complice des oiseaux. Après le grand pont. Nous en avions marre, il fallait faire un geste d'envergure. Sauter deux clôtures, parler à l'oreille des gens, cacher du fric et courir dans une nuit de ruelle très seul.

Je sais que l'Alaska et le Yukon resteront dans ma peau les jours de rêveries, de départs d’ennuis, les débuts de printemps, les débuts de projets l'errance, l'absence de projet. Elle reste dans votre main l'Alaska, elle reste dans ce tremblement de zigzag de routes de gravier que votre main a sentie sur le volant. Jusqu'au grand boute du boute. Deadhorse dans les yeux. La station lunaire remplit de caribou.

Nous passerons la frontière ce soir tard. Vers le sud. Vers le sud. Vers le sud. ''


E.N.

mercredi 8 mai 2013

129.



Pas à pas, et le tortueux chemin se disloque en de viles logorrhées. Le tortueux chemin de la maison est-il devant ou derrière? Et on rame dans le sable et vivote, des jours, jaunis, dans des cadres, qui ne sourit, que de fatigue et que l’on nettoie  de nos belles langues pâteuses. Le tortueux chemin du marcheur d’histoires qui recommence.

-écriture collective- 

128.


Faire du manuscrit de tranché, de la redondance de propagande de la poésie de résistance et des récits de vraies affaires.

Il ne s’écrit pas une minute sans y voir ce visage dans la grande soupe. On discute et on raconte nos vies ennuyantes. On y fait de beaux projets dans la grande soupe. Parfois, on y plonge et on s’y baigne, on s’y noie un peu et à regret on en ressort. C’est une parenthèse, rien de plus. Tu le sais. On y construit de belles fictions et se mastique dans la bouche de l’autre un peu de réel. La répétition, c’est la clé. Et parfois, on y verse une petite larme et beaucoup de sueur dans la grande soupe. On s’accroche à des débris, on souffle un peu. Le temps d’entendre ou de dire « Je t’aime », puis d’être immergé d’une interprétation libre. Puis la vie. La vie. La grande soupe est sale

E.N.

mardi 16 avril 2013

127.

''Lorsque j’écris le visage parle au papier. Il lui dit ce qu’il se doit. On n’y fait pas de la grande poésie sur les lignes du papier. C’est dans les marges que cela se passe. Le papier est séparé en deux. Il y a la marge et l’espace alloué pour le texte. Quand j’écris le visage pointe la margetoujourshâteauxfuturscorrection. Je n’aime pas un texte blanc. Un texte qui se respect se remplit de ratures et contient des redondances. Une pensée ce n’est pas propre, ça radote pis ça chie pis ça pousse des sons étranges. Un texte est tâché de café et n’est pas écrit avec un Mac. Un texte, ce n’est pas de la bière sur les chandails de ces femmes que je sers bien humblement. De la poésie. C’est un concept qui me dégueule, ça sent le windex, le propre, le désinfecté, ça sent le beige. C’est propre de la poésie. Pis le visage ne parle pas quand on écrit de la poésie. C’est du mordillage de crayons, la main dans les culottes, la pensée ben bandée.

Quand vais-je sortir d’ici?‘’

Ernest Nobsom –Carnet d’un interné-

dimanche 14 avril 2013

126.

« C’était dans le ventre que ça se passait. La tête qui battait à un rythme cardiaque irrégulier. Des mots qui se sont répétés en boucles, dans un ordre relatif. On se demande même parfois qui vous les répète à l’oreille en continue. C’est presque vous qui avez le contrôle.


Une identité provisoire construit sur le rythme cardiaque de la tête et d’une poésie schizophrénique dans les mains qui tentent de boucher les oreilles. Nous sommes des gens insatisfaits. Nous étions vannés, abimés pour les raisons que tu sais. Nous nous ennuyons facilement sous le soleil et sous les réverbères. Tu le sais. Nous nous étions promis tant de printemps, puis l’été a brûlé notre groupe. On a perdu des gens en chemin. Une identité de rêverie dont je parle et tu le sais. Une rêverie ponctuée de tics nerveux qui salissent ce visage dans la fenêtre. Un reflet.

L’insatisfaction se traduit par un rire fort et du mouvement. Elle te prend aux trippes et tu ne peux que fermer les yeux et tu ne peux que te cogner dans le réverbère sous le soleil de mars et tu te relèves et tu continues les yeux presque fermés cette fois comme une tempête dans Montréal la folle tout trempe de mars et tu arrives chez toi et tu embrasses cette femme qui te sourit en comprenant que la neige et la bosse au front du réverbère et que tu ne peux que te demander pourquoi est-elle en amour avec cet écrivain névrose du reflet de la vitre.

-Ernest Nobsom- Carnet d’un interné

mercredi 10 avril 2013

125.


''Il n'était question...'' so méta, marketing des identités et discussion des gestes. Nous détestons la poésie, mais nous ne faisons que ça. Des poètes affalés sur des chaises de bars à ruminer des projets lentement, lentement, len-te-ment. Le Mexique sale de Bolano et le plateau en poudreuse qui se relancent constamment une image calme et nerveuse du temps. ‘’ E.N. –gnagna et autres niaseries-

vendredi 5 avril 2013

124.


« C’était une histoire de printemps. Une histoire de lumière et de visages qui parlent bien. Des passant-e-s en parfait accords avec le décor. Un décor en poulies qui grincent et de ‘’steadicam’’ au coup des écrivains. Il ne faut jamais laisser une caméra à un écrivain. Ils vous mettent en boite et déforment vos visages complexes. Ils ajoutent des sons et de mélodies à vos talons sur les trottoirs. Les femmes en sourires et les hommes en mystères et cigarettes et vice versa, et vice versa. Une caméra dans les mains d’un écrivain est dangereux. On finit par tomber sur une conversation de vieillards qui ne s’écoutent pas et qui ne terminent pas leurs phrases. Des cerveaux en paragraphes qui coulent sur la céramique sale. La caméra est lourde sur les épaules frêles de l’écrivain. Elle y fait à sa tête. Elle nous amène dans les coins de champs où les regards se perdent au sol et trop dans le loin devant. Des plans volés entre deux prises où les techniciens repoudres les acteurs, où les micros captent des coins de dialogues. De la cigarette entre deux conversations de comédiens qui marmottent leurs fatigues avec l’assistante réal qui ne dort pas, depuis le jour 1 de la première take. L’écrivain est dans le chemin de tout le monde avec sa grosse caméra pis ses questions idiotes. Il est constamment bousculé par la fourmilière. Silence! Caméra! Et action! »
« Léonia qui fume des cigarettes dans un café du quartier latin. Extérieur, jour. Elle lit un petit bouquin, du théâtre allemand. Un homme attache son vélo un peu plus loin. Une conversation sur l’état des routes, le bonheur sur soleil-café, de la fin de session ».  etc etc etc.

On n’écrit pas de roman.

Ernest Nobsom, Le cinéma et la narration

lundi 1 avril 2013

123.


« Nous étions [1] un groupe, une génération qui avait la maladie du changement et de la vitesse. Tout plaquer et recommencer étaient violemment ancré dans cette espèce de chorégraphie belle et absurde. La plupart d’entre-nous étaient étudiant-e-s en art ou en sciences humaines, mais il y avait également des serveurs, des chômeurs, des travailleurs saisonniers, des marins, etc. Emman était l’espèce de leader naturel de ce groupe. Je le surnommais régulièrement « Le Dean Moriarty » de la restauration. De plongeur à Dawson City à gérant d’un club à St-Martin, en passant par portier d’un bar clandestin dans Hochelaga-Maisonneuve, il avait fait tous les postes possibles dans un bar ou restaurant. Il avait même porté la chemise blanche dans un grand resto de Paris quelques temps. Cependant, il était avant tout ce qu’on pourrait qualifier « un agent du chaos ».

Notre réalité était construite autour de quarts de travails ridiculement longs, de nuits-de-matins et d’une pauvreté matérielle paradoxalement répandue. Ce midi-là… »

-Contes et légendes de la restauration-


[1] Ces deux mots contiennent une force évocatrice qui dépasse les limites de notre objectivité. Ils incarnent avant tout une nostalgie et une unité parfaitement imbriquées. Ils ne laissent aucune place à l’infinie complexité entre les humain-e-s qui compose ces étranges tableaux. « Nous étions », c’est une photographie avec ses grimaces et sourires blancs. Une photo qui se tient bien droite et fière devant l’éternel, qui nous regarde et nous défie. Cela fait référence également à une glorieuse pérennité des choses qui nous tire toujours un peu plus en arrière insidieusement. Un espèce d’autisme littéraire et historiographique.  

mercredi 27 mars 2013

122.


Le verbe est éteint. Quelques histoires en jailliront et nous serons là, en réceptacle stoïques à cueillir des informations, des données. L’envie d’exprimer quelque chose est évacuée. Une douleur à la poitrine accompagne chaque tentative de formuler quoi que ce soit. On oublie vite de toute façon. Un vieux portrait sale de 1984 sur le cœur. La bouche qui rouille et se scelle. Des mains usées et froides sur mon corps usé et froid. Ne parlerai plus.

Ernest Nobsom, Carnet d’un interné

mardi 26 mars 2013

121.


[...]C’était le début du printemps. Toutes les possibilités étaient sur la table. Pourtant, je me bornais à regarder ce mur jauni et bourré de trous devant moi. Je venais de plaquer mon boulot. Cela m’apparaissait comme un impératif. Stratégiquement parlant, ce n’était pas le coup du siècle : je vivais sur ma carte de crédit depuis déjà 3 semaines. Je m’en foutais. Je voulais devenir écrivain au plus profond de mon identité. Tout le reste importait moins. Je devais recentrer et redéfinir mon rapport à la création et me lancer, simplement. Les derniers 12 mois n’ont pas été mes meilleurs, fallait maintenant recommencer. On reconnait les battant à leurs capacités à se relever paraît-il gnagna. Un mot à la fois. Je venais d’être refusé à l’université aux cycles supérieurs, j’avais 26 ans. Mes six dernières années ont brûlées entre Anchorage et New Orleans, sur le pouce, dans de vieilles bagnoles ou sur des ferrys à camper sur le pont durant des jours. J’ai développé un certain talent à cueillir des cerises et à servir des pintes de bières en continue, 80 heures semaine de travail ne m’ont jamais fait peur. Cela m’enivrait en fait. S’assoir au comptoir d’un bar crevé de la tête et du corps d’avoir fait les trois huit et se boire la bière de l’après-combat. On en développe une certaine fierté. On se dessine des personnages de punks-bohémiens-artistes qui « live fast ». Des caravanes de personnages. Il y a une certaine unidimensionnalité à tout cela et quelque chose de très simple. Je crois que cette équation m’a rapprochée et fait toucher au bonheur à plusieurs reprises. Je m’étais fait gazer, poivrer, matraquer, emprisonner, juger, durant mes années de bac pour des causes qui me prenaient aux tripes avec des gens qui formaient de petites familles provisoires. On se regardait dans les yeux et quelque chose se passait. Au moment d’un vote de grève, d’une action spontanée, un spectacle de punk après une manif, de chaque petites victoire; ou dans les moments de galères sur les trottoirs du centre ville les poignets dans le dos, sur les lignes de piquetages à se battre contre les scabs, durant une charge de la cavalerie. Quelque chose se passait. Et je suis certain que pour ces militant-e-s aussi, le sentiment d’être violemment vivant leurs battait dans les tempes et jusqu’au plus profond de leurs souvenirs encore en gestation.

Je n’avais rien, ni même remords et regrets. Je souriais à présent devant ce mur jauni et bourré de trous. La saison des plans venait de commencer. Les gens reprenaient vie dans leurs visages et corps. Le quartier latin était en fleurs.

Je devais écrire.

Simon Bossé-Pelletier –Ma correspondance avec Ernest Nobsom

lundi 11 mars 2013

120.



''Nous y étions. Dans la poésie la plus complète de nos combustions. L'été arrivait et déjà, le sommeil des bancs de parcs et l'insomnie des jours fusionnés. Nous avions travaillés matin et soir pour ce résultat. Le livre était maintenant prêt. J'avais la maladie dans le corps et la liberté dans la tête. Et surtout, les mots devant moi.'' -Ernest Nobsom -

jeudi 28 février 2013

119.


« De la création chère Lumilla. Il n’y en a plus. Nous sommes arrivés à point tournant du processus. Une histoire de recoupements, de collages de silences ou plutôt une vulgarisation de vérité qui marine. Nous voulons faire parler les morts depuis notre enfance, te souviens-tu? Et nous avons presque réussi. Ils ont les mots en bouche, nous le savons. Leurs bouches cousues de génie. Les génies ne parlent que très peu. Puis la mort et tout le baratin habituel. Des formalités pourrait-on aisément conclure. Nous notre travail, c’est de découdre la bouche des morts. Ils ont parfois de ces phrases illisibles que nous devons marmonner durant les soirées fatiguées jusqu’à ce qu’il y ait un peu de lumière et de sens. Notre travail est de traduire les phrases dans la bouche des morts. On remplit les espaces blancs, on interprète. On y pêche des trésors dans cette huile noire. On décode des absences. Notre travail est de dire et déduire ce que ces femmes et ces hommes auraient voulu dire. Des réparateurs de postérité. Des crânes aux mâchoires cousues. On ne crée rien ici. On donne voix à ceux et celles qui n’ont pas tout dit. »

E.N.

dimanche 24 février 2013

118.


«...j'ai parfois des affinités avec la fatigue... »
-Émillio Poniatowska-

« Des affinités dans la douleur qui monte aux bras puis aux jambes; qui monte mes pieds jusqu'au sol, qui grimpe au cœur à la nuque moite et sale. Un goût de sel sous les cheveux en bataille, la grande bataille, dans le crâne salin en grande marée. De la poésie de fin de soirée dira-t-elle. D'une poigne de fer les ongles dans la chair, les dents dans la chair, l'âme un instant dans la chair, on y écrit de longues phrases sur nos corps mutilés. Elle vous hache le dos jusque dans les derniers filages de votre coup pendouillant.

Et les idées folles dans les oreilles saturées du sujet reviennent avec ces idées folles qui naissent dans la douleur folle. Des redondances. À la limite de la monomanie qui naissent en projets foireux, en tables rases et autres désirs absolutistes. Une complicité y naît. On se confie à elle dans les moments de lucidité. On se construit une logique commune partant de ce point, de cet état. On se regarde dans les yeux durant des heures à la grande vitesse des jours dans horloge. On y construit des ponts, entre nos réalités. Une amitié de trahison et de déceptions, mais également une amitié de grande sincérité. Une histoire d'amour d'un vieux film cubano-soviétique. On y meurt jamais ensemble, on y meurt jamais ensemble. On y survit dans la dèche. On y survit sur les boulevards du lendemains matins. On y survit le soir dans les jobines qui nous saoulent. On y meurt jamais dans ces histoires. JE. T'AIME. DANS. CES. HEURES. DE. MISÈRES. MON. AMOUR. LES. TIE. WRAPS. AUX. POIGNETS. SUR. LE. CIMENT. D'AVRIL. L'HIVER. EST. DERNIÈRE. NOUS. MON. AMOUR-FÉE.

Nous sommes ensemble Elle, lui et moi, sur tous les tableaux. »

-Ernest Nobsom- Poèmes et autres broutilles-

dimanche 10 février 2013

117.

 
« Cela fera bientôt 8 mois. Tout avait commencé par un événement anodin. Cela commence toujours par un événement anodin. Ensuite les coïncidences avaient fait place à une redondance dans les événements. Un schéma s’était créé, installé et prenait de plus en plus de place. Nous devions travailler avec les contraintes, les tordes et en faire  un petit morceau de réalité. JE. ME. SUIS. MIS. À. ENTENDRE. DES. VOIX. UN. MATIN. D’ÉTÉ. COMME. LES. AUTRES. C’était au début qu’une seule voix en fait. Une voix grave et monocorde remplissait les blancs de l’esprit et qui répondait naïvement aux interrogations. Puis, elle s’est faite plus impérative et était accompagnée d’une autre, plus aigue et mielleuse celle-ci. Toute deux occupaient à présent l’entièreté de l’espace acoustique des pensées du sujet terrorisé, déversant leurs logorrhées visqueuses dans ses réceptacles les plus défensifs et vulnérables. Les actions n’étaient plus dirigées que par les voix qui revenaient lui dicter ou suggérer des actions. Un soir arrosé, ce qui devait arriver arriva, les fils se sont touchés. JE. NE. SUIS. PAS REVENU. INDEMNE. Puis le grand sommeil de médocs, et la grande rencontre avec Louis Wolfson. Et maintenant? »
Ernest Nobsom  -Carnets d’un interné-
 
 


mardi 5 février 2013

116.


« Il n’y avait rien dans la pièce, qu’une table en bois sale qui captait les derniers rayons de soleil, froid.

[…] (Illisible)

Nous ne sommes jamais revenus réellement. C’était un risque prévisible, calculable, discutable. Il n’y était question que d’un sourire au fond d’un bouquin, quelques phrases molles et rieuses. Un matin de mains qui tremblent la clope de galerie au bec, les idées fêlées. Une vie atonale qui vous stop au visage qui vous regarde avec désinvolture, puis éclate de rire. « Un rire métaphysique d’une absurdité camusienne », m’aurait dit Horacio.

Nous sommes une race morte. Morte de fatigue dans les yeux des sourires, morte de vitesse dans les quartiers lumineux et sombres de nos fantaisies, morte de silences. Nous sommes fous, pauvres et maudits. Une belle race de bâtards solitaires à temps partiels. Il n’y a rien d’autre à rajouter sur nous. Que du bonheur de sauvages. »

E.N.

lundi 4 février 2013

115.

« On y construit des châteaux de cartes entre ces murs. D’énormes pièces de silences et de logorrhées en piles d’équilibres et de contres balanciers qui supportent des concepts très simples et lourds à la fois. De la poésie de bateaux hermano, de la poésie de fins de soirées et des récits qui s’écrient et s’effacent, de la mémoire créative ma sœur. Des récits de piques et de cœurs qui grimpent chaque palier. Un créateur arthritique qui en fait un autre, quoi faire d’autre? Un autre courage en fuite, de la beauté de peur pis du courage en fuite, de la parlure de timidité, changer de lexique comme de masque, ne pas vouloir de foutu verbe dans une phrase. Des tableaux de personnages qui bougent très lentement. Des auteurs qui fixent des échantillons de leurs fantaisies. Des écriveux nauséeux qui collent des morceaux sans bouger.
Ceci va changer. »
-E. Poniatowska, à propos de son auteur-


lundi 28 janvier 2013

114.


"De l'ambition mon frère, ma sœur, à vous cerner les yeux de tous côtés, à marmotter de l’avenir de nuits en jours en nuits, on construit du rêve en futur de présent gagné à la sueur de front. On n'y réussi pas toujours, mais on gagne une dignité sans trêve.''

mardi 22 janvier 2013

113.


« Nous avons cessé l'écriture au Je depuis environ 10 ans. Qui est-il de toute façon? Si ce n’est que la dimension fracturée de ses souffrances. L’effort communicationnel n’est pas le crachoir de petites victoires ou défaites, même s’il n’est question que d’un grand jeu épuisant… D’ailleurs… »

 

E.N. -Fatalité des corps et des subjectivités-

vendredi 18 janvier 2013

112.


« Je lis et relis ce livre depuis 10 ans. Marelle. Depuis ces années avec la Sybille à courir Montréal et Montevideo. Dans mes siècles et fantasmes épurés. » -E.N.

jeudi 17 janvier 2013

111.

''Se pourrait-il que les épaules n'aient plus suffisament de place? Qu'à trop courir vers la lumière pis toute pis toute, on se retrouve si seul dans cette totale blancheur qu'il s'agisse d'une punition? Se pourrait-il que contourner ses faiblesses en attaquant celles des autres soit puni d'un silence infini?''
 
E.N.  Notes et archives *
 
 
 
*écrit durant son séjour en institution, où il était régulièrement question lors de nos rencontres de religion et de foi

mercredi 16 janvier 2013

110.

''Une marche sud-nord, trente milles visages, qui explosent d’informations, trop de signes dans la cabeza qui explose, sud-nord le quartier latin en fleurs de janvier, la neige fond dans les yeux des visages. Trop de sémiologie qui bombarde ma tête entre deux souvenirs liés aux trente milles visages qui explosent d’informations de fleurs de janvier. Un sourire à l’écoute d’un monologue sans son. Il se peut que trente ans d’existence se résument dans cette image. Un adolescent cherchant ses pieds, une dame son souffle, une jolie fille le calme, des étudiants courant les cafés. On n’y multiplie les analyses, on y perd la tête de manière graphique. Dans une rouille méta-vomi, qui agonise dans la vitesse, une rouille qui sort de la léthargie, on ne veut qu’y retourner, prendre une pause.                        Donc,                                                  quand l’information circule trop vite les ordinateurs arrêtent d’eux-mêmes, de surchauffent. Il n’y a pas d’ordinateur dans la tête qui explose. Les amitiés, les souvenirs, l’amour, la solitude. Le bonheur de renaître dans la cabeza qui explose d’idées qui ne font que renaitre. Il faut établir un contact social rapidement pour calmer le « fuck torrent » de la tête qui déraille. Vite. La peur de mourir de surchauffe de cabeza qui explose de répétition.
 
On raconte à l’autre des histoires sans lien, ni espace. Pas de silence, pas d’arrêt, surtout pas. Une réponse de cent questions à leurs propres échos. Sans question, on y creuse des amitiés de miséreux, des amitiés de salles d’attentes-cliniques-consultatifs, on y creuse bien loin à nous répéter notre solitude. On creuse bien loin dans la terre et on y trouve un visage terreux qui vous fait ce sourire terreux d’oxygène. On y fourre notre langue dans ce sourire terreux, la tête dans le trou, les pieds au ciel. Et on parle, on ne s’arrête surtout pas. On embrasse ce visage qui sourit et parle en continue de sans arrêt à vous embrassé l’âme de beauté bruyante et bavarde. Et nécessairement, on en ressort de la douce terre. On y enterre ensuite un bel amour avec la terre du fond. On pose une série de cent questions à chaque pelletée. Et ensuite on va prendre une marche direction sud-nord. ''
 
-Ernest Nobsom, Poésie sans « Je », parut dans « manuscrits et conférences », 1999  -

mercredi 9 janvier 2013

109.

''Nous étions une poignée de pirates*. La soirée avait été longue, nous nous demandions qu'elle serait la suite...''
 
-Contes et légendes, Ébauches
 
 
 
 
 
*Le terme pirates ici renvoie à ces gens, jeunes d'âmes ou de corps, portant en eux ce que je qualifierais de violence de vivre. Ces hommes et ces femmes qui ne peuvent s'arrêter, ils courent les études, le travail, la fête, les abus. Ils sont pour la plupart dans des situations précaires de toutes sortes. Ils marchent sur la ligne en riant. Ils accélèrent la cadences, la vitesse. Ils ne sont pas que des workaolics ou des bêtes de nuits. Ils changent d'idées à la moindre occasion, reviennent aux sources, quittent tout. Ils chercheront toute leur chienne de vie qui ils sont réellement. Et cela est parfait. Des jouisseurs, des fauteurs de troubles, des anars, des nomades, des intellectuels fatigués mais entêtés, des ramasseurs de sourires, des parleurs de longues soirées, des désespérés de fond de calle qui sortent finalement prendre de l'air pur au milieu d'une traversée, complètement nu et béat. C'est dans la dèche qu'ils s'en sortent le mieux. Dans un appartement crasse, dans une tente sur le bord de la route ou dans les lacrymos.

lundi 7 janvier 2013

108.

''Une première page. Une première page depuis des mois. Des mois de créations rachitiques, de rêves fatigués et de recommencements enthousiastes. On court la route, on s'y trouve chez soi, mais comme tout chez soi, on ne peut y rester. On s'attache aux épaves et naufrages humains. Des carcasses de longues routes, des raconteurs de misères, on s'attache à ces gens. Souvent, au moment de leurs dire au revoir après une longue journée-soirée-journée-saison, une poigné de mains de pupilles humides.
 
L'esprit qui explose en mille morceaux ce soir, La Maga* est assise devant moi et nous parlons durant une bonne dizaine d'heures. On y boit toute sorte de choses comme dans ces romans qui choisissent d'être qu'un peu à côté du réel. Du réel trop vivant enthéâtré d'une ou deux voix. Les nôtres qui se répètent constamment une mélondie atonale. Nous avons besoin de danger et de silence et de livres.
 
Écrire devient dangereux, mystérieux, intéressant, lorsque l'esprit se met à faire des rebonds. On y enterre quelque chose avec la même terre que l'on porte à la surface. ''

E.N. -Notes-
 
*Sybille