lundi 17 février 2014

143.

[suite...]


je prends la parole et dirige la discussion (il faut un coordonnateur). Nous élaborons un chapitre par jour sur un sujet qui nous est chère, etc, etc. »

[à suivre]


Nous écrivons sur de grandes pages des dialogues très denses entre un et plusieurs personnages. L'été, nous établissons notre quartier général sur les grandes tables de cafés du quartier latin. L'hiver, au contraire, nous nous cachons dans les endroits publiques les plus glauques dans l'espoir de ne pas être vu. Nous écrivons à divers spécialistes concernant nos problèmes respectifs. Ma psychologue se surprend que je sois fonctionnel et m'en félicite. Que j'ai une conception brouillée de certains concepts. Parfois, je dois avouer que ça me désennuie. Nous creusons. Nous creusons et de cette terre, nous sculptons des licornes, des héros et des cauchemars. Puis commence les 5@7, où la bohème universitaire sort de ses salles de classe. Nous nous plaçons à des endroits stratégiques de la table afin de bien débattre et de bien rendre l'écho à nos alliés probable. Les pichets de bière s'accumulent à une vitesse corollaire au nombre de boursiers et de gosses de riches ou du ratio de travailleur(se)s de la restauration assis à la table. On y parle de révolutions, de géostratégie, d'enjeux politiques, d'actualités et du dernier album d'Arcade Fire. On échange quelques informations quant à la prochaine action politico-artistique que l'on veut mettre en œuvre. On s'ennuie de 2012 en tabarnak. On hait les élections. On se dit que les élections est la contre-révolution la plus efficace. On se demande quelles seront les luttes à venir, s'il y aura avenir à tout ça. On se dit fuck les cons puis fuck la bourgeoisie. Fuck la société de consommation et on trinque au prolétariat.

Un prolétariat qui a besoin d'une bourgeoisie estudiantine, syndicale, intellectuelle, artistique si elle veut s'organiser un brin, croit-on modestement.

Nous quittons en douce avant les additions en suivant un groupe qui se dirige vers un vernissage ou un show à la Sala Rossa. Heureusement, la bière a calmé la faim un peu. C'est le mois mars, on attend le retour de la saison haute à job pour manger et payer des pichets aux amis. Heureusement, au vernissage-spectacle, il y a des petites bouchés. Nous parlons de constructivisme, de dada, de la nouvelle vague, on se garde au courant des nouvelles tendances, on name-drop la bouche pleine de pain et de vin et nous élaborons sur nos éternels plans et projets respectifs. Après la représentation de théâtre expérimental produit par les amis d'un ami, nous nous bousculons dans les marches de la rockette après être allés prendre un ou deux shooters avec le barman qu'on connait au quai des brumes en bas. Nous prenons ensuite un cocktail ridicule de drogues sur le bras en donnant les derniers dollars du dernier T4, en se félicitant d'être dans un endroit si bruyant, car de toute façon les gens ne parlent plus trop de manière cohérente et nous ennuie un peu.

Nous dansons. Et cela fait du bien. Il y a quelque chose qui se rapproche de la méditation et du religieux dans tout ça en convient-on.



Puis, la poutine, puis les discussions de divan jusqu'au soleil. Puis le café 24h, dans nos osties de vie 24h. 

vendredi 14 février 2014

142.

«Nous ne sommes pas un synonyme. 

Avec l'apparition des voix, nous avons commencé la rédaction du roman. Nous avons atteint les 10 000 silences de nos angoisses. Nous, parce que nous ne sommes pas seuls. Nous avons surpris les cadavres de notre lumière. Nous vivons leur fictions beiges au déjeuner alors qu'ils croient que ce sont des aventures. Nous ne sommes pas seuls. Horiacio Oliveira à mes côtés, Ernest à mes côtés, Émilio Poniatowska à mes côtés, la Sybille à mes côtés, nous sommes une communauté. Nous avons choisi Autre Chose. Nous avons choisi la vie qui nous a prise. En fait, nous n'avons rien choisi du tout. Nous sommes entrés par cette porte un matin de longue nuit, ou par un professeur inspirant, ou par un album ou film marquant. Puis, nous n'avons plus regardé en arrière. Nous avons creusé des canaux dans les plus terrifiants sous-terrains. 

Mais nous avons pas peur. 

Nous n'avons pas peur le matin quand le soleil se lève devant nos yeux fatigués. Nous nous réunissons dans les cafés 24h pour faire semblant de se lever. Puis, nous établissons le plan de match du jour: prendre un café (très important), ensuite marcher dans la même direction que les autres (il ne faut pas qu'on nous remarque), puis nous nous assoyons dans les bibliothèques d'universités, municipales et nous rencontrons des amis dans les campus entre deux cours (il faut avoir des amis universitaires), c'est là que les choses deviennent sérieuses: on débute nos séances d'écritures par un café très corsé (quelque uns d'entre nous fument), je prends la parole et dirige la discussion (il faut un coordonnateur). Nous élaborons un chapitre par jour sur un sujet qui nous est chère, etc, etc. »

[à suivre]

mardi 11 février 2014

141,5

Je dors pas. Montréal 30 février 2039495959.


J'angoisse, j'étudie pas, je suis fatigué. Je cours après mon nom. J'écris des projets. Je travaille partout, nul part. Partout. Je n'ai pas fait de poésie depuis mon dernier accident de vélo. Je marchais puis pouf la face en sang. Pu de vélo, en fait, il n'y avait pas de vélo.


Bonne nuit sacrament.