je
prends la parole et dirige la discussion (il faut un coordonnateur).
Nous élaborons un chapitre par jour sur un sujet qui nous
est chère, etc, etc. »
[à
suivre]
Nous
écrivons sur de grandes pages des dialogues très denses entre un et
plusieurs personnages. L'été, nous établissons notre quartier
général sur les grandes tables de cafés du quartier latin.
L'hiver, au contraire, nous nous cachons dans les endroits publiques
les plus glauques dans l'espoir de ne pas être vu. Nous écrivons à
divers spécialistes concernant nos problèmes respectifs. Ma
psychologue se surprend que je sois fonctionnel et m'en félicite.
Que j'ai une conception brouillée de certains concepts. Parfois, je
dois avouer que ça me désennuie. Nous creusons. Nous creusons et de
cette terre, nous sculptons des licornes, des héros et des
cauchemars. Puis commence les 5@7, où la
bohème universitaire sort de ses salles de classe. Nous nous plaçons
à des endroits stratégiques de la table afin de bien débattre et
de bien rendre l'écho à nos alliés probable. Les pichets de bière
s'accumulent à une vitesse corollaire au nombre de boursiers et de
gosses de riches ou du ratio de travailleur(se)s de la restauration
assis à la table. On y parle de révolutions, de géostratégie,
d'enjeux politiques, d'actualités et du dernier album d'Arcade Fire.
On échange quelques informations quant à la prochaine action
politico-artistique que l'on veut mettre en œuvre. On s'ennuie de
2012 en tabarnak.
On hait les élections. On se dit que les élections est la
contre-révolution la plus efficace. On se demande quelles seront les
luttes à venir, s'il y aura avenir à tout ça. On se dit fuck les
cons puis fuck la bourgeoisie. Fuck la société de consommation et
on trinque au prolétariat.
Un
prolétariat qui a besoin d'une bourgeoisie estudiantine, syndicale,
intellectuelle, artistique si elle veut s'organiser un brin, croit-on
modestement.
Nous
quittons en douce avant les additions en suivant un groupe qui se
dirige vers un vernissage ou un show à la Sala Rossa. Heureusement,
la bière a calmé la faim un peu. C'est le mois mars, on attend le
retour de la saison haute à job pour manger et payer des pichets aux
amis. Heureusement, au vernissage-spectacle, il y a des petites
bouchés. Nous parlons de constructivisme, de dada, de la nouvelle
vague, on se garde au courant des nouvelles tendances, on name-drop
la bouche pleine de pain et de vin et nous élaborons sur nos
éternels plans et projets respectifs. Après la représentation de
théâtre expérimental produit par les amis d'un ami, nous nous
bousculons dans les marches de la rockette après être allés
prendre un ou deux shooters avec le barman qu'on connait au quai des
brumes en bas. Nous prenons ensuite un cocktail ridicule de drogues
sur le bras en donnant les derniers dollars du dernier T4, en se
félicitant d'être dans un endroit si bruyant, car de toute façon
les gens ne parlent plus trop de manière cohérente et nous ennuie
un peu.
Nous
dansons. Et cela fait du bien. Il y a quelque chose qui se rapproche
de la méditation et du religieux dans tout ça en convient-on.
Puis,
la poutine, puis les discussions de divan jusqu'au soleil. Puis le
café 24h, dans nos osties de vie 24h.