vendredi 14 février 2014

142.

«Nous ne sommes pas un synonyme. 

Avec l'apparition des voix, nous avons commencé la rédaction du roman. Nous avons atteint les 10 000 silences de nos angoisses. Nous, parce que nous ne sommes pas seuls. Nous avons surpris les cadavres de notre lumière. Nous vivons leur fictions beiges au déjeuner alors qu'ils croient que ce sont des aventures. Nous ne sommes pas seuls. Horiacio Oliveira à mes côtés, Ernest à mes côtés, Émilio Poniatowska à mes côtés, la Sybille à mes côtés, nous sommes une communauté. Nous avons choisi Autre Chose. Nous avons choisi la vie qui nous a prise. En fait, nous n'avons rien choisi du tout. Nous sommes entrés par cette porte un matin de longue nuit, ou par un professeur inspirant, ou par un album ou film marquant. Puis, nous n'avons plus regardé en arrière. Nous avons creusé des canaux dans les plus terrifiants sous-terrains. 

Mais nous avons pas peur. 

Nous n'avons pas peur le matin quand le soleil se lève devant nos yeux fatigués. Nous nous réunissons dans les cafés 24h pour faire semblant de se lever. Puis, nous établissons le plan de match du jour: prendre un café (très important), ensuite marcher dans la même direction que les autres (il ne faut pas qu'on nous remarque), puis nous nous assoyons dans les bibliothèques d'universités, municipales et nous rencontrons des amis dans les campus entre deux cours (il faut avoir des amis universitaires), c'est là que les choses deviennent sérieuses: on débute nos séances d'écritures par un café très corsé (quelque uns d'entre nous fument), je prends la parole et dirige la discussion (il faut un coordonnateur). Nous élaborons un chapitre par jour sur un sujet qui nous est chère, etc, etc. »

[à suivre]

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