‘’Te rappelles-tu? Cette route de terre, au chalet. Il faisait noir, on
revenait de voir les étoiles au quai. Puis l’envie de courir nous a pris. Il
faisait noir et presque trop froid, les étoiles, aucune autre lumière. Au
chalet, sur cette route de terre. J’ai sprinté ce soir-là de toutes mes forces.
Je riais presque aussi fort, mais j’avais conscience du risque de me fracasser
sur un arbre trop froid. Mais je continuais, extérieur à moi-même, je
n’entendais que mon rire à ce ciel de lumière-de-silence. La tête très haute,
sur la route de terre au chalet.
J’eus la certitude
d’une petite vérité : je vivais.’’
J’ai retrouvé ces mots dans un vieux cahier que j’allais jeter. C’était
mon écriture d’adolescent, rapide, bourré de fautes, et sans aucune violence.
Depuis que j’ai relu ces mots, l’impression de revivre ce moment en continue
m’habite. Je me vois courir mes vingt ans dans Montréal la belle, entre les
pôles et sur ces corps doux aux sourires timides.
Mes cendriers sont pleins, je suis maintenant vieux et fatigué
[...illisible...]
E.
-Journaux et notes, Tome 3, avant-dernière page.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire