vendredi 4 octobre 2013

132.


4 octobre 2013


Matin, du café pour arroser ma grosse face somnolente et du vent de vélo dans le trafic pour me sentir vivre quinze secondes, quinze secondes. C'est toujours entre Laurier et Rachel, puis entre Sherbrooke que ça se passe. Tu déjoues en échappé deux ou trois portières pis tu affrontes dans les coins, un taxi ou un pick up qui change de voie sans te voir. Tu dépasses les files de jambons dans leurs cannes cuisant à broil. Je me suis toujours senti imposteur, caméléon les jours où je l'assume. Ma littérature est une langue de bois cheezy rapée (râpé) dans du pâté chinois crémeux. J'ai quitté l'école avec un baccalauréat en littérature, bien sur, donc je gagne ma vie dans les restaurants de Montréal et de l'ouest du Canada. Je n'ai rien à voir avec mes anciens comparses de classe qui enseigne maintenant dans les collèges pour la plupart, et à l'université pour d'autres. L'autre portion se sont redirigé en communication ou on fait un dep en job stable. Je les envie. Maintenant, je leurs sers le petit déjeuné ou leur bière de 4 à 7. La première chose qui m'a frappé, est à quel point ils ont grossi. Moi, je suis toujours aussi rachitique avec mes deux repas par jour, mangés sur un coin de table.

Je me retrouve souvent entouré de gars et de filles entre deux vies, ceux qui font un max de fric avant un voyage, ceux qui rêvent de roman ou d'expositions grandioses, ceux qui feront la fête toute leur vie pour tromper l'ennuie, etc etc. Je me suis jamais situé dans aucune de ces catégories. On me demande souvent ce que je veux faire de ma vie et les réponses varient selon les saisons, selon l'humeur, selon l'amour, selon le criss de cash, selon l'état de mon char, selon les bébittes qui me jouent dans la caboche. Je descends la côte pis je me dis que je ferai ça toute ma vie, descendre la côte. Je me suis cherché de la job aujourd'hui avec Nathan. Il est écoeuré aussi des bars. On regardait des photos de nous d'y il y a pas si longtemps et on a trouvé qu'on avait vieilli. Notre voix se fait vieille, nos éclats de rires toussotes un peu plus. Je me suis dit que travailler dans une librairie serait en lien avec mon champ d'études et que ça serait un bon point de départ vers une vie plus normale. Je veux une vie normale. Des déjeuners et promener le chien pis toute pis toute. Cette vie du coup me fuit. Je regardais donc les offres d'emploies. Et à 10$ de l'heure, j'ai vite perdu motivation et envie. Je suis retourné laver des ustensiles avec Nathan.  

-anonyme-

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