jeudi 21 novembre 2013

138.

Assis dans une banquette d'un restaurant bon marché, je regarde la compétition de curling en direct et avec quelle ardeur les joueurs balaient le sol devant la pierre. Celui qui semble être le chef d'équipe crie des ordres pour que coup de balaie soit parfait, j'imagine. C'est le chef des lanceurs de pierre. La barmaid au bar regarde elle aussi le match en polissant des verres et fort probablement en pensant à autre chose. Un homme ayant une forte corpulence vient s'assoir à côté de moi en me serrant la main. Une énorme mouche au front attire instinctivement mon attention. Il est essoufflé comme trois guerres mondiales et me regarde de haut malgré qu'il soit plus petit que moi. Il enchaine une série de questions d'usages en gribouillant sur une feuille qui contient l'ensemble de mes activités des dernières années. On aborde le sujet de l'écriture, il écrit lui aussi. Je l'ai compris lorsqu'il m'a demandé si je trouvais cela difficile écrire (il avait vu mon parcours académique). Je l'ai mis dans ma poche en posant des questions sur lui-même et sur le métier d'écrivain qu'on pratiquait tous les deux. 

Au moment où nous nous sommes mis à parler de scénarisation et de mettre en images des idées et émotions pour en dire autant qu'un texte littéraire, je suis tombé dans la lune un peu. Je me suis vu sur la banquette, le dos droit en train de converser avec cet homme. Je pensais à mon béret que j'avais enlevé avant d'entrer, à mon manteau de jeans qui n'avait pas plu au gérant, je repensais à ma vieille pochette de serveur qui puait dans le tiroir de ma chambre. Je me disais que je finirais bien à m'habituer à la décoration indigeste de l'endroit et à la quantité de télé qui vomissaient du sport en boucle. Je repensais à cette femme qui m’exhortait de quitter les restaurants et les bars, que ça serait ma ruine. Elle écrivait bien. Et je me demandais à quel point il serait difficile de mettre en image cette situation et mes pensées... 

… des pantalons noirs, chemises noires, souliers noirs. Du noir pis du silence pis des assiettes pis du courage, pis du temps des fêtes qui s'en vient, pis de la clientèle, pis du mâchouillage d’orgueil. Il me faudra cinq ou six estomacs pour digérer ça. Je vais m'ennuyer de la terrasse de pirates du Quartier latin.


«Donc parfait Simon, tu commences demain à 17h» 

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