«Il y avait cette envie d'écrire
de longues phrases sans fin. Des je remplient d'humanité et
de drame. Des tu d'accusations, de souvenirs et de
complicités. Des nous solidaires de grands soirs, des nous
à la chandelle sans électricité en pleins milieu des premiers
froids de novembre, sans prédicat, qu'un long sujet sans action, le
cauchemars avec un grand sourire. Du gros vous sale qui allez
danser avec l'énergie d'on ne sait où. De la danse de sourds sur de
la poésie d'ordinateurs qui vous piétine le crâne le matin, puis
le jour, puis le soir dans cet interminable acouphène en 4/4. On se
doit de se réapproprier les métros et en faire des endroits joyeux,
pas des bunkers de cadavres. Puis des ils et des elles,
ces étrangers qui sont venus de loin et qui repartent loin, dans les
gares et les autoroutes en zigzags. On ne se souvient même plus de
leurs noms. Et finalement, ce il impersonnel que cache tous
les poètes et les banquiers de l'affect qui aiment ces longues
phrases usées et vieux jeu. Du monde riche et anonyme, qui nettoie
votre vaisselle et vous sert le caviars. Fuck off.
Une seule
longue phrase en petits caractères dans un cahier trop petit trop
remplit sans tâches de café, avec les mains tremblantes de froid,
criss de froid c'est déjà la saison sèche, je ne sais pas comment
je vais faire cette année, je, je
recommence les questions les voyages dans ma tête enfermée et
têtue, tu diras à chose que je monte dans l'ouest bientôt, tu?
Tu feras comme si tu étais surpris de mes histoires et tu
commanderas un autre pichet au barman que la soirée va être longue
que la poésie va être sale et pâteuse. On se mettra à rire du
ridicule de nos vies pis on regardera les routes sur google
map pis les billets d'avions.
On? Nous serons
éphémère comme ces belles révolutions qui ont toujours lieu quand
il ne fait pas trop froid. Nous ne serons pas capable d'écrire
qu'une longue phrase, il y aura trop de ponctuations et de
parenthèses pis des guillemets aussi. J'ai du feu dans les mains.
Vous n'y verrez que la
lumière, pas les brûlures. Ils
sont où les potes en novembre?
Lumilla,
je crois que je m'améliore.»
Ernest Nobsom, Punk
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