« C’était une histoire de
printemps. Une histoire de lumière et de visages qui parlent bien. Des passant-e-s
en parfait accords avec le décor. Un décor en poulies qui grincent et de ‘’steadicam’’
au coup des écrivains. Il ne faut jamais laisser une caméra à un écrivain. Ils vous
mettent en boite et déforment vos visages complexes. Ils ajoutent des sons et
de mélodies à vos talons sur les trottoirs. Les femmes en sourires et les
hommes en mystères et cigarettes et vice versa, et vice versa. Une caméra dans
les mains d’un écrivain est dangereux. On finit par tomber sur une conversation
de vieillards qui ne s’écoutent pas et qui ne terminent pas leurs phrases. Des cerveaux
en paragraphes qui coulent sur la céramique sale. La caméra est lourde sur les
épaules frêles de l’écrivain. Elle y fait à sa tête. Elle nous amène dans les
coins de champs où les regards se perdent au sol et trop dans le loin devant. Des
plans volés entre deux prises où les techniciens repoudres les acteurs, où les
micros captent des coins de dialogues. De la cigarette entre deux conversations
de comédiens qui marmottent leurs fatigues avec l’assistante réal qui ne dort pas, depuis le jour 1 de la première take. L’écrivain est dans le chemin de
tout le monde avec sa grosse caméra pis ses questions idiotes. Il est constamment
bousculé par la fourmilière. Silence! Caméra! Et action! »
« Léonia qui fume des
cigarettes dans un café du quartier latin. Extérieur, jour. Elle lit un petit bouquin,
du théâtre allemand. Un homme attache son vélo un peu plus loin. Une conversation
sur l’état des routes, le bonheur sur soleil-café, de la fin de session ».
etc etc etc.
On n’écrit pas de roman.
Ernest Nobsom, Le cinéma et la narration
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