vendredi 5 avril 2013

124.


« C’était une histoire de printemps. Une histoire de lumière et de visages qui parlent bien. Des passant-e-s en parfait accords avec le décor. Un décor en poulies qui grincent et de ‘’steadicam’’ au coup des écrivains. Il ne faut jamais laisser une caméra à un écrivain. Ils vous mettent en boite et déforment vos visages complexes. Ils ajoutent des sons et de mélodies à vos talons sur les trottoirs. Les femmes en sourires et les hommes en mystères et cigarettes et vice versa, et vice versa. Une caméra dans les mains d’un écrivain est dangereux. On finit par tomber sur une conversation de vieillards qui ne s’écoutent pas et qui ne terminent pas leurs phrases. Des cerveaux en paragraphes qui coulent sur la céramique sale. La caméra est lourde sur les épaules frêles de l’écrivain. Elle y fait à sa tête. Elle nous amène dans les coins de champs où les regards se perdent au sol et trop dans le loin devant. Des plans volés entre deux prises où les techniciens repoudres les acteurs, où les micros captent des coins de dialogues. De la cigarette entre deux conversations de comédiens qui marmottent leurs fatigues avec l’assistante réal qui ne dort pas, depuis le jour 1 de la première take. L’écrivain est dans le chemin de tout le monde avec sa grosse caméra pis ses questions idiotes. Il est constamment bousculé par la fourmilière. Silence! Caméra! Et action! »
« Léonia qui fume des cigarettes dans un café du quartier latin. Extérieur, jour. Elle lit un petit bouquin, du théâtre allemand. Un homme attache son vélo un peu plus loin. Une conversation sur l’état des routes, le bonheur sur soleil-café, de la fin de session ».  etc etc etc.

On n’écrit pas de roman.

Ernest Nobsom, Le cinéma et la narration

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