lundi 1 avril 2013

123.


« Nous étions [1] un groupe, une génération qui avait la maladie du changement et de la vitesse. Tout plaquer et recommencer étaient violemment ancré dans cette espèce de chorégraphie belle et absurde. La plupart d’entre-nous étaient étudiant-e-s en art ou en sciences humaines, mais il y avait également des serveurs, des chômeurs, des travailleurs saisonniers, des marins, etc. Emman était l’espèce de leader naturel de ce groupe. Je le surnommais régulièrement « Le Dean Moriarty » de la restauration. De plongeur à Dawson City à gérant d’un club à St-Martin, en passant par portier d’un bar clandestin dans Hochelaga-Maisonneuve, il avait fait tous les postes possibles dans un bar ou restaurant. Il avait même porté la chemise blanche dans un grand resto de Paris quelques temps. Cependant, il était avant tout ce qu’on pourrait qualifier « un agent du chaos ».

Notre réalité était construite autour de quarts de travails ridiculement longs, de nuits-de-matins et d’une pauvreté matérielle paradoxalement répandue. Ce midi-là… »

-Contes et légendes de la restauration-


[1] Ces deux mots contiennent une force évocatrice qui dépasse les limites de notre objectivité. Ils incarnent avant tout une nostalgie et une unité parfaitement imbriquées. Ils ne laissent aucune place à l’infinie complexité entre les humain-e-s qui compose ces étranges tableaux. « Nous étions », c’est une photographie avec ses grimaces et sourires blancs. Une photo qui se tient bien droite et fière devant l’éternel, qui nous regarde et nous défie. Cela fait référence également à une glorieuse pérennité des choses qui nous tire toujours un peu plus en arrière insidieusement. Un espèce d’autisme littéraire et historiographique.  

Aucun commentaire: