jeudi 28 février 2013

119.


« De la création chère Lumilla. Il n’y en a plus. Nous sommes arrivés à point tournant du processus. Une histoire de recoupements, de collages de silences ou plutôt une vulgarisation de vérité qui marine. Nous voulons faire parler les morts depuis notre enfance, te souviens-tu? Et nous avons presque réussi. Ils ont les mots en bouche, nous le savons. Leurs bouches cousues de génie. Les génies ne parlent que très peu. Puis la mort et tout le baratin habituel. Des formalités pourrait-on aisément conclure. Nous notre travail, c’est de découdre la bouche des morts. Ils ont parfois de ces phrases illisibles que nous devons marmonner durant les soirées fatiguées jusqu’à ce qu’il y ait un peu de lumière et de sens. Notre travail est de traduire les phrases dans la bouche des morts. On remplit les espaces blancs, on interprète. On y pêche des trésors dans cette huile noire. On décode des absences. Notre travail est de dire et déduire ce que ces femmes et ces hommes auraient voulu dire. Des réparateurs de postérité. Des crânes aux mâchoires cousues. On ne crée rien ici. On donne voix à ceux et celles qui n’ont pas tout dit. »

E.N.

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